Discours du Président de la République devant les évêques de France le 10 avril 2018 au Collège des Bernardins : extrait sur le dialogue avec l'Islam et la liberté spirituelle

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Discours du Président de la République devant les évêques de France le 10 avril 2018 au Collège des Bernardins : extrait sur le dialogue avec l'Islam et la liberté spirituelle

Extrait du discours d'Emmanuel MACRON, Président de la République, sur le dialogue avec l'Islam et la liberté spirituelle, le 10 avril 2018 au collège des Bernardins devant la Conférence des évêques de France (CEF)  :

"...dans cette liberté de parole, je range la volonté de l’Eglise d’initier, d’entretenir et de renforcer le libre dialogue avec l’islam dans le monde a tant besoin et que vous avez évoqué.

Car il n’est pas de compréhension de l’islam qui ne passe par des clercs comme il n’est pas de dialogue interreligieux sans les religions. Ces lieux en sont le témoin ; le pluralisme religieux est une donnée fondamentale de notre temps. Monseigneur LUSTIGER en avait eu l’intuition forte lorsqu’il a voulu faire revivre le Collège des Bernardins pour accueillir tous les dialogues. L’Histoire lui a donné raison. Il n’y a pas plus urgent aujourd’hui qu’accroître la connaissance mutuelle des peuples, des cultures, des religions ; il n’y a d’autres moyens pour cela que la rencontre par la voix mais aussi par les livres, par le travail partagé ; toutes choses dont Benoît XVI avait raconté l’enracinement dans la pensée cistercienne lors de son passage ici en 2008.

Ce partage s’exerce en pleine liberté, chacun dans ses termes et ses références ; il est le socle indispensable du travail que l’Etat de son côté doit mener pour penser toujours à nouveaux frais, la place des religions dans la société et la relation entre religion, société et puissance publique. Et pour cela, je compte beaucoup sur vous, sur vous tous, pour nourrir ce dialogue et l’enraciner dans notre histoire commune qui a ses particularités mais dont la particularité est d’avoir justement toujours attaché à la Nation française cette capacité à penser les universels.

Ce partage, ce travail nous le menons résolument après tant d’années d’hésitations ou de renoncements et les mois à venir seront décisifs à cet égard.

Ce partage que vous entretenez est d’autant plus important que les chrétiens payent de leur vie leur attachement au pluralisme religieux. Je pense aux chrétiens d’Orient.

Le politique partage avec l’Eglise la responsabilité de ces persécutés car non seulement nous avons hérité historiquement du devoir de les protéger mais nous savons que partout où ils sont, ils sont l’emblème de la tolérance religieuse. Je tiens ici à saluer le travail admirable accompli par des mouvements comme l’Œuvre d’Orient, Caritas France et la communauté Sant’Egidio pour permettre l’accueil sur le territoire national des familles réfugiées, pour venir en aide sur place, avec le soutien de l’Etat.

Comme je l’ai dit lors de l’inauguration de l’exposition « Chrétiens d’Orient » à l’Institut du Monde arabe le 25 septembre dernier, l’avenir de cette partie du monde ne se fera pas sans la participation de toutes les minorités, de toutes les religions et en particulier les chrétiens d’Orient. Les sacrifier, comme le voudraient certains, les oublier, c’est être sûr qu’aucune stabilité, aucun projet, ne se construira dans la durée dans cette région.

Il est enfin une dernière liberté dont l’Eglise doit nous faire don, c’est de la liberté spirituelle

Car nous ne sommes pas faits pour un monde qui ne serait traversé que de buts matérialistes. Nos contemporains ont besoin, qu’ils croient ou ne croient pas, d’entendre parler d’une autre perspective sur l’homme que la perspective matérielle.

Ils ont besoin d’étancher une autre soif, qui est une soif d’absolu. Il ne s’agit pas ici de conversion mais d’une voix qui, avec d’autres, ose encore parler de l’homme comme d’un vivant doté d’esprit. Qui ose parler d’autre chose que du temporel, mais sans abdiquer la raison ni le réel. Qui ose aller dans l’intensité d’une espérance, et qui, parfois, nous fait toucher du doigt ce mystère de l’humanité qu’on appelle la sainteté, dont le Pape François dit dans l’exhortation parue ce jour qu’elle est « le plus beau visage de l’Eglise ».

Cette liberté, c’est celle d’être vous-mêmes sans chercher à complaire ni à séduire. Mais en accomplissant votre œuvre dans la plénitude de son sens, dans la règle qui lui est propre et qui depuis toujours nous vaut des pensées fortes, une théologie humaine, une Eglise qui sait guider les plus fervents comme les non-baptisés, les établis comme les exclus.

Je ne demanderai à aucun de nos concitoyens de ne pas croire ou de croire modérément. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je souhaite que chacun de nos concitoyens puisse croire à une religion, une philosophie qui sera la sienne, une forme de transcendance ou pas, qu’il puisse le faire librement mais que chacune de ces religions, de ces philosophies puisse lui apporter ce besoin au plus profond de lui-même d’absolu.

Mon rôle est de m’assurer qu’il ait la liberté absolue de croire comme de ne pas croire mais je lui demanderai de la même façon et toujours de respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République. C’est cela la laïcité ni plus ni moins, une règle d’airain pour notre vie ensemble qui ne souffre aucun compromis, une liberté de conscience absolue et cette liberté spirituelle que je viens d’évoquer."

Cela faisait suite au discours de Mgr Georges PONTIER à l’adresse des invités à la soirée du 9 Avril 2018 aux Bernardins - Publié le 09 avril 2018 :

"...Récemment les évêques de la Province ecclésiastique de Marseille ont invité des élus de leurs diocèses à un séjour à Rome pour mieux connaître la manière de travailler du Siège apostolique et pour rencontrer le Pape François. Il s’agissait d’un voyage d’étude en quelque sorte. 310 élus, appartenant à des formations diverses et animés par des convictions religieuses différentes, ont vécu ce temps avec bonheur, intérêt et satisfaction. Nous n’avons pas oublié la visite à l’ambassadeur de notre pays auprès du Saint Siège qui a pu nous livrer la manière dont le dialogue se passe entre celui-ci et notre pays. Des relations sont possibles dans le respect de chacun pourvu qu’on reconnaisse à tous le droit d’exister, de se parler et que l’on respecte les responsabilités de chacun. C’est ensemble que se construit une nation, qu’elle vit, s’enrichit, dépasse les clichés et les peurs entretenues. Dans cette société, certains y ont trouvé leur place il y a longtemps, d’autres peinent à s’intégrer. La présence de croyants musulmans dans notre pays n’est pas nouvelle, mais l’Islam est aujourd’hui l’objet de beaucoup de questions et permettez-moi de le dire aussi de soupçons permanents. Nous voulons favoriser tout ce qui permettra une connaissance et une compréhension mutuelles dans le travail que nos amis musulmans ont à faire pour l’organisation de leur communauté...."

> Les 2 discours précités joints dans un seul fichier PDF :

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