Intervention de Sœur Mariam an Nour au week-end d’amitié entre jeunes musulmans et chrétiens à Taizé

Publié le par Eric Maier

Du 5 au juillet 2018, la communauté œcuménique de Taizé organisait un second week-end d'amitié entre jeunes chrétiens et jeunes musulmans. Plusieurs personnes ont donné leur témoignage, et parmi elles, Sr Mariam an-Nour, du carmel St Joseph au Liban.

Chers jeunes,

 

C’est avec une joie profonde que je suis là, ce soir, pour m’adresser à vous. Vous êtes venus nombreux pour partager ce temps fort de rencontre, d’amitié, de fraternité et de solidarité spirituelle. Vous êtes là tous différents et cependant si proches pour témoigner à partir de cette expérience que vous faites d’un lieu où s’éprouve l’Espérance dans un monde à venir qui, cependant, est déjà là. Vous savez déjà par intuition ou par conviction qu’il n’y a pas d’avenir sans l’autre. Chacun sait déjà qu’il ne peut envisager son avenir sans le frère, l’autre, celui que je crois connaître, que je côtoie au quotidien, celui de mon propre clan, de ma nation, de ma religion et celui d’ailleurs, le diffèrent, l’étranger dont je dois répondre. Nous devons nous ouvrir à ce mystère de la rencontre, nous convaincre qu’il n’y a pas d’avenir sans le souci de la fraternité dans un monde meurtri, éclaté, désenchanté, regorgeant de violence. Vous êtes ici pour témoigner ensemble que nous pouvons harmoniser nos voix dans le désir d’une humanité réconciliée qui ne pourra plus se faire la guerre. Seule la fraternité permettra une percée dans la barbarie, tant il est vrai qu’aucune culture, aussi avancée soit-elle sur le plan des connaissances, de la technique ou même de l’art, ne saurait échapper à l’inhumanité si elle ne renonce pas aux illusions de la maîtrise et de la toute-puissance pour se vouer à l’appel de l’altérité, du pauvre, du frère. Car la culture est dans la responsabilité éthique et l’obligation envers autrui.

 

Aujourd’hui notre rencontre est l’occasion de devenir les témoins d’une autre voix. Celle du désir profond de tout homme, celle de l’aspiration commune de tous les humains à l’amour et à la fraternité. Mouvement universel qui se fait l’écho de l’amour de Dieu pour tous ses fils. Il ne s’agit plus de penser à soi mais de confesser notre espérance dans une humanité réconciliée. Espérance que le désir de notre Dieu pour les hommes se réalise, que tous ses enfants soient rassemblés et vivent en paix les uns avec les autres, que tous ses enfants deviennent enfin des frères. Nous sommes là aussi témoins du désir profond de tout homme, de l’aspiration commune à tous les humains, l’aspiration à l’amour et à la fraternité, amour qui a sa source en Dieu. C’est un moment de grâce qui résiste à la violence et au non-sens. Mais c’est au cœur de la nuit que s’effectue la danse vivante des lucioles pour former une communauté du désir dans la confiance renouvelée du royaume annoncé.

 

En effet c’est au creux de la détresse et de la nuit qu’il nous est donné de trouver dans la mémoire de notre foi la grâce de reconnaître le frère dans chacun des êtres que nous rencontrons, qu’il nous est donné de comprendre l’immensité de l’amour que Dieu porte à chacun de ses enfants et dont nous devons nous faire les témoins. Carmélites de Saint Joseph nous vivons intégralement le charisme du Carmel : la vocation à la prière et à l’écoute de la Parole, l’exigence d’une vie communautaire et fraternelle et en même temps le service du frère : deux mouvements d’un même amour, l’amour du Seigneur et l’amour des frères. Cela serait impossible sans la grâce de la prière où il nous est donné de rencontrer notre Dieu comme un Dieu qui descend, un Dieu passionné d’amour pour sa créature, un Dieu mort d’amour pour chacun des hommes quel qu’ils soient, un Dieu solidaire de tous les hommes, des pauvres que nous sommes, auxquels il s’identifie dans un mouvement inouï d’amour. Derrière chacun des visages de nos frères il nous est donné d’entendre ceci : « dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait… Dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits à moi non plus vous ne l’avez pas fait ». Nous comprenons dès lors que vivre de Dieu et en sa présence c’est comprendre que c’est la nôtre unique raison de vivre et la seule façon de reconnaître le frère. Il n’y a pas d’autre voie vers Dieu. Il nous est donné dès lors de comprendre que c’est là notre unique raison de vivre. Nous faisons alors l’expérience d’un nouveau regard nous permettant de découvrir le Seigneur présent en nous et dans le frère, regard émerveillé de le rencontrer en son incompréhensible abaissement, et son ineffable venu à travers le visage du frère. Nous avons alors à entrer dans le grand mouvement d’Amour du Père pour ses enfants, à devenir icônes de la bonté de Notre Père. Il nous est ainsi donné d’entrevoir l’absolue gratuité de l’Amour du Père pour ses enfants, pour chacun de ses enfants. Plus question de réciprocité qui tienne : il nous est donné d’entrer dans l’asymétrie mystérieuse de l’amour Divin, don gratuit et sans retour. Nous sortons de la logique de la rétribution pour entrer dans la possibilité divine du pardon. Il n’y a plus « d’ennemis », seulement des enfants perdus appelant aussi notre sollicitude. Nous découvrons que le mal attaché à la condition humaine n’est pas absolument impardonnable, même s’il semble l’être. Que Dieu est Amour signifie que Lui seul peut pardonner. Hauteur du pardon face à la profondeur du mal. Tout cela ne se peut entrevoir que grâce au don renouvelé de notre vocation à la prière. Cette dernière s’en trouve renforcée, devenant appel pressant qui se fait entendre jour et nuit, creusé par mille évènements. Profond silence de la prière afin d’y entendre le Tout Autre, mouvement de conversion où se taisent les démons et se révèle la profondeur du silence de Dieu, Parole ineffable, qui ne peut s’entendre que dans le silence.

 

Du même coup nous est fait don de la connaissance de soi : dans le déchaînement des forces du mal dans le monde nous découvrons que ce mal peut être aussi en nous, que ce n’est pas d’abord ou pas seulement l’autre qui est dominateur, lâche, dur ou violent. C’est en moi que règnent aussi cette violence et cette mort. La frontière du mal passe par mon propre cœur. Oui, je suis tout aussi pécheur, pauvre pécheur que l’autre et cette vérité est libérante. Elle me creuse en offrande avec l’autre devant le désir de notre Dieu, en accueil de son salut, et en un émerveillement d’être des fils et par conséquent des frères.

 

C’est bien ce qui est d’abord en jeu dans cette rencontre. C’est un moment où Dieu nous dit quelque chose de la fraternité à laquelle, en tant que fils et filles, il nous revient de donner lieu. Car nous ne pouvons être des croyants vivant en sa présence, dans l’intimité de la prière et de l’invocation de son Saint Nom sans être renvoyés au frère. Ce dont il s’agit c’est du mystère de la rencontre, c’est de la conviction qu’il ne saurait y avoir de monde habitable sans l’autre, sans être ensemble dans le souci de la fraternité. C’est vraiment entrer dans le bon désir de Dieu sur chacun de nous, sur chacun d’entre les hommes. Quel que soit notre appartenance culturelle, religieuse, ethnique ou autre, nous n’avons qu’un unique trésor à partager : sans l’autre je ne peux pas vivre, sans l’autre signifie tout homme qu’il me sera donné de rencontrer, tout homme dont il me sera demandé d’accueillir le mystère. La question à nous poser est celle-ci : qu’ai-je fait de mon frère ? Mais que signifie donc que nous ayons chacun à répondre de l’autre homme ? C’est de cela qu’il s’agit dans notre rencontre. Mettre toute notre énergie à préparer des ch emins qui conduiront à la responsabilité envers l’autre, à nous ouvrir à son mystère. Car le voile du mystère de notre Dieu se déchire lorsqu’il nous ait donné de faire l’expérience bouleversante du visage du frère à travers lequel Il se révèle. C’est le Christ sur la croix, vrai fils et vrai frère, qui, ayant aimé les siens jusqu’au bout, nous révèle le mystère de notre Dieu. Notre rencontre n’a de sens que comme moyen de travailler à la construction de la fraternité universelle, comme pont entre des lieux de partage qui rendent notre terre plus humaine, comme l’occasion que l’étranger se fasse proche, s’approche sans se confondre, comme réponse à l’appel que nous adresse le Père de devenir frères dans un monde où les liens se pervertissent. Le partage des cultures et des religions que suppose notre rencontre n’a pas d’autre fondement. Vous êtes venus ici portés par le désir qui est au cœur de chacun : approcher le mystère de l’altérité en chacun et faire ainsi l’expérience du frère dans l’entrevision de sa part divine. Vous êtes croyants, musulmans ou chrétiens, juifs, ou autres, agnostiques ou en recherche mais tous vous aspirez à un monde plus humain, fraternel. Vous cherchez comment répondre de tout être humain, de sa dignité de son droit absolu à la vie.

 

Je remercie les frères de Taizé de me donner l’occasion de témoigner devant vous de la bénédiction qui a été prononcée sur tout homme par le Dieu d’Abraham, notre père dans la foi : que tout homme vive, que le bien précède le mal. A l’origine une bonté première nous précède tous et nous accompagne toujours, l’immense tendresse de notre Dieu pour tous les hommes et pour tout homme. Nous, Carmélites de Saint Joseph, nous n’avons pas d’autre raison d’être que de témoigner de cette unique vérité et cela non tant par la parole que par la prière, un cheminement, un compagnonnage, un être-avec, un agir guidé par une inconditionnelle hospitalité. La découverte personnelle de cette bonté première qui nous précède, de cette bénédiction toujours prononcée sur tout homme a bouleversé ma vie. Nous sommes là pour faire, ensemble, mémoire d’une origine, pour retourner à la source de toute hospitalité et la laisser jaillir dans notre aujourd’hui. Pour nous rendre attentifs par la prière et par les échanges aux signes des temps qui indiquent l’Esprit créateur, l’Esprit de communion, dans nos vies et dans notre histoire. Nous sommes tous blessés, interpellés par toutes les souffrances, qu’elles soient d’injustice, de guerre, toute forme de violence. Nous avons à faire face aux défis d’un avenir incertain, des nouvelles technologies, des changements rapides, de la perte du sens, aux défis d’un monde où règne la performance alors que la personne humaine devrait rester le seul souci… Nous ne pouvons pas nous endormir, il est urgent de nous ressourcer dans la vision de l’homme et du monde qui est celle de Dieu : « ta complaisance, Seigneur est pour ta terre ». Et cette terre le Seigneur nous enjoint de l’aimer comme il l’aime.

 

C’est du cœur de cette réalité d’exil que je m’adresse à vous et que je vais tenter de vous faire part d’un vivre-ensemble possible envers et contre tout, qui nous fait advenir à notre identité singulière et universelle de fils et de filles d’un Dieu unique qui nous désire et nous attend. Car tel est bien le fondement de toute fraternité. Il s’agit de l’expérience que nous tentons de vivre au Liban dans notre communauté religieuse et notre communauté éducative de Mechref. Le Carmel Saint Joseph, dès son implantation au Liban en 1935, a compris que sa vocation était d’être au service d’un vivre-ensemble et d’être garant contre vents et marées des valeurs de l’Évangile dans cette région de la naissance historique des trois religions monothéistes qui, côte à côte, partagent le drame de la rédemption, celui de rassembler tous les enfants dispersés dans l’unique amour de Dieu. La Congrégation a ainsi compris que son projet unique dans cette terre ne pouvait être que celui d’entrer dans le mouvement d’hospitalité de notre Dieu pour tous ses enfants. C’est sur cette pierre angulaire qu’il a fondé sa mission.

 

Cela nous renvoie à creuser chacun ses propres sources culturelles, historiques et personnelles, singulières et particulières pour y reconnaître ce qui va pouvoir faire l’objet d’un partage, au plus profond de l’humanité incarnée et concrète de chacun. Car c’est le seul lieu à partir duquel il est possible de reconnaître le frère dans sa radicale altérité qui est sa part divine, de sortir ainsi des fantasmes idéologiques et des illusions de toute puissance. Il me faut donc témoigner devant vous de ce qui fait le cœur de notre engagement de Carmélites de Saint Joseph au Liban et dans la région plurielle diverse et meurtrie qui est la nôtre.

Nous avons compris que comme chrétiens nous n’avions pas d’autre raison d’être que cette fraternelle solidarité avec l’autre qui est d’abord la solidarité de notre Dieu avec tout homme, chrétien, musulman, agnostique, tout homme. C’est ainsi que nous sommes totalement solidaires de nos frères musulmans. Ce sont les mêmes souffrances et les mêmes aspirations qui, au-delà des malentendus et des différences, nous rassemblent.

 

Le Liban est bien cette terre privilégiée pour répondre de cette pluralité qui est la loi de la terre. Liban, pays pluriel dont l’identité est faite d’appartenances multiples et qui a connu les affres d’une violence encore endémique. Les chrétiens d’Orient, en tant que fils de cette terre, sont d’abord enracinés dans ce que le Père Jean Corbon appelait « l’Église des Arabes ». L’importance de cette dernière est cruciale et tout particulièrement au Liban qui joue un rôle capital dans le dialogue Islamo-Chrétien et cela à un moment où la rencontre Orient-Occident est marquée par de nouvelles formes d’affrontements et d’incompréhension. Je le répète : nous sommes totalement solidaires de nos frères musulmans. C’est en cela que la question de l’éducation reste pour nous une question fondamentale dont l’enjeu est majeur. C’est bien le défi du vivre-ensemble que nous voulons relever à travers notre mission éducative. Notre tâche repose sur le désir d’enraciner de jeunes libanais de toutes confessions, de toutes appartenances politiques et de toutes origines sociales dans une identité qui ne soit pas une fiction. Identité arabe certes dont la langue est le ciment, mais identité plurielle ouverte à sa propre diversité. Nous voulons leur permettre une éducation ouverte à soi dans une perspective à la fois critique, optimiste et constructive. Nous voulons les ancrer dans une culture arabe vivante et ouverte à l’universel. Il s’agit d’éduquer les jeunes libanais que nous accueillons dans l’horizon de sens d’un monde commun, partagé et à partager. Nous avons le désir que les jeunes qui nous sont confiés puissent devenir les sujets de leur propre histoire dans la perspective citoyenne d’une laïcité bien comprise. Sujets de leur propre histoire mais non sans les autres, non sans participation au monde et au sens qui nous précèdent, structure concrète de toute subjectivité. Car il ne peut exister de « vérité propre ». La vérité propre du sujet est toujours participation à une vérité qui le dépasse, qui s’enracine et l’enracine dans le désir de Dieu en même temps que dans la chair du monde. C’est dans ce sens que la perspective civile a toujours été et demeure plus que jamais, en ces temps de repli identitaire et sectaire, de peur de l’autre, celle de la congrégation du Carmel Saint-joseph et de notre institution scolaire. Nous sommes soucieuses, nous et nos partenaires laïques , loin de tout esprit d’appropriation idéologique, d’offrir à tous ces jeunes libanais un lieu de vie fraternelle dans le seul désir de mettre en valeur ce qui unit les hommes et non ce qui les divise, tant nous sommes convaincus que la fraternité authentique ne peut advenir entre les hommes que dès lors qu’ils s’entendent sur un monde où chacun puisse se retrouver, où nul n’est privilégié, stigmatisé ou exclu du fait de son origine ou de sa croyance religieuse et cela dans la reconnaissance d’une absolue liberté de conscience. Ainsi les différences de cultures, de religions, d’opinions ou de croyances ne sont pas niées mais vécues de telle façon que chacun puisse donner le meilleur de lui-même dans la participation à la construction d’une cité solidaire, C’est tout le sens d’une « culture du lien » avec l’autre dont tout individu doit faire l’apprentissage pour ne pas se contenter de coexister mais pour envisager de bâtir ensemble un avenir commun donnant lieu à une véritable citoyenneté. Car « le contraire de la violence n’est pas la paix entre des entités communautaires et partisanes mais le lien entre des individus appartenant à des communautés et des groupes différents ». C’est sans doute la condition pour rendre possible un « parler ensemble » capable d’unir des citoyens en une cité puisse se manifester le dialogue comme aptitude à se parler et à débattre de ce qui nous arrive. C’est là une tâche proprement « politique », inséparable du risque démocratique, là où il y a une auto-limitation des frères et où personne n’est tout puissant.

 

Notre tâche repose aussi sur le désir d’ouvrir les jeunes libanais à l’universel. Non un universalisme abstrait, parce que c’est en général l’universalisme de celui qui parvient à être le plus fort, mais à un universalisme qui rende fructueuses les différences. Car, encore une fois, c’est au pluriel que les hommes habitent la terre. Cela contre l’idée que le monde est divisé entre des camps culturels antagonistes qui finissent par devenir des camps armés. Nous sommes convaincus qu’il y a de la vérité ailleurs que dans notre propre culture et que dans nos propres convictions et qu’il revient à l’éducateur d’initier au dialogue et à la parole partagée, qui seuls sauront nous maintenir dans « la passion de l’altérité ».

 

Cela nous engage à un véritable combat spirituel. Nous sommes convoqués à une résistance spirituelle : celle de croire en cette bonté première, celle de l’immense tendresse de notre Dieu pour tous les hommes, pour tout homme. Ce combat nous avons à le mener dans la prière, lieu de l’écoute du Tout Autre, lieu où nous sommes renvoyés au frère, lieu où nous retrouvons la source de toute solidarité, de toute fraternité. Cela ne peut se faire sans une inconditionnelle ouverture du cœur : une conversion. L’école est pour nous un lieu où le vivre-ensemble se construit au quotidien, où il faut apprendre à grandir en humanité avec d’autres. Cela ne va pas de soi. Il y faut une sortie de soi toujours difficile sans une écoute attentive de l’autre, un respect profond de sa personne. La fraternité est un apprentissage ou chacun apprend à se sentir responsable de l’autre, du bien de l’autre, où il faut que chacun soit le gardien de l’autre. Il faut apprendre à entrer dans la dynamique de la bienveillance envers chacun, nous élever au-dessus de nos appartenances communautaires, idéologiques ou religieuses en vue de construire ici et maintenant un avenir autre pour la terre commune dont nous avons la responsabilité. Il faut apprendre à se départir du fantasme de toute puissance, à découvrir le dynamisme d’une responsabilité collective fondée sur le respect de chaque vie humaine. Il faut que nos peurs se transforment en peur pour l’autre, peur et lutte pour un avenir de paix. Il faut apprendre à mener une triple résistance : culturelle, éthique et spirituelle.

 

Nous sommes convaincus que notre école a un message pour le monde : celui de la rencontre, du devenir frères. C’est l’horizon où se profilent les valeurs que nous tenons à transmettre et à vivre : éducation à la liberté, à la vérité, à la conscience de soi et de l’autre inséparablement, aux droits de l’homme. Vivre en alliance les amitiés, les relations professionnelles et éducatives, c’est ce que nous tentons au quotidien. Ensemble pour faire vivre, telle est notre profonde raison d’exister en tant qu’institution. Disposer les cœurs à la fraternité et à l’entrevision de la beauté du monde. C’est à cela que notre établissement cherche à donner lieu. Comment traverser les épreuves de la fraternité, comment éveiller à la responsabilité vis-à-vis de l’autre homme? Ce n’est qu’à partir de cette question que nous pouvons entreprendre tout le reste. Tout le reste viendra par surcroît.

 

Ainsi nous voulons avoir un respect absolu des personnes et les accueillir comme elles sont, nous faire serviteurs de la promesse de Dieu pour chacune d’elles. Prise en charge de l’autre jusqu’à la compassion, dans un infini respect de sa dignité et de sa grandeur. Car telle est l’hospitalité de notre Dieu pour chacun de nous. Nous voulons avoir un regard constant d’Espérance avec tout son dynamisme et ses exigences. Nous voulons vivre une communauté d’Espérance dont les liens soient de plus en plus profonds, où chacun est rencontré comme personne aimée de Dieu. Et cela afin que chacun ait accès mystérieusement à l’Espérance qui nous habite et qui nous porte. Espérance qui ne déçoit pas et qui vient de la foi en un Dieu engagé avec nous dans la folie de l’Amour victorieux du mal et de la mort.

 

« Sans fléchir continuons de confesser notre espérance », comme le dit Saint Paul. Nous croyons que seule une dynamique de fidélité, d’Espérance et d’amour pourra mettre en œuvre la force de vie dont chacun est porteur sans exception. Cela n’est possible qu’en jetant sur soi et les autres ce regard de confiance sans lequel il ne saurait y avoir ni estime de soi, ni estime de l’autre. Que la confiance soit notre viatique et d’abord celle de Dieu en nous. S’intéresser aux personnes et à leur mystère, tout mettre en œuvre pour développer les talents de chacun, susciter le meilleur en nous et chez les autres, croire aux semences de vie en germination le long de nos chemins et des leurs, croire aux promesses de vie qui sont faites à chacun.

 

Éduquer à la rencontre dans un monde meurtri, préserver des lieux où l’humain puisse se ressourcer et reprendre vigueur : c’est ce que nous avons comme mission, c’est ce qui nous encourage à ne pas faillir sur la route car nous savons que c’est d’abord l’humanité que nous avons à offrir en héritage. Nous sommes les serviteurs de cet appel que nous avons reçu singulièrement et dont nous avons la charge de faire vivre nos jeunes : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai ».

Intervention de Sœur Mariam an Nour au week-end d’amitié entre jeunes musulmans et chrétiens à Taizé
Retrouvez un très bon résumé de ce week-end à Taizé sur la page suivante :
 
En voici un extrait :
 
Suite à son intervention, la parole a été donnée à un jeune Irakien qui a fait le récit des sévices subis par sa famille et son peuple pendant la guerre. Sa confession des détresses et des souffrances subies a créé un malaise au sein de l’assemblée. Sœur Mariam an Nour a appelé, alors, les auditeurs à être en mesure d’écouter la détresse de ce « frère » en prenant le recul de toute appartenance confessionnelle et communautaire pour une écoute d’homme à homme, l’écoute de la souffrance de l’autre… car là est la clé du vrai dialogue : la reconnaissance réciproque des souffrances (pouvoir dire et pouvoir entendre) afin que la Paix naisse.
 
« Nous, les Carmélites de Saint-Joseph au Liban, nous avons compris que comme chrétiens nous n’avions pas d’autre raison d’être que cette fraternelle solidarité avec l’autre qui est d’abord la solidarité de notre Dieu avec tout homme, qu’il soit chrétien, musulman, agnostique… C’est ainsi que nous sommes TOTALEMENT solidaires de nos frères musulmans, CE SONT LES MÊMES SOUFFRANCES ET LES MÊMES ASPIRATIONS QUI NOUS RASSEMBLENT. »

Publié dans taizé, compte rendu

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