Nos amis de Paris 12ème racontent: conférence sur le soufisme du 9 octobre

Publié le par Hélène Millet

Nos amis de Paris 12ème racontent: conférence sur le soufisme du 9 octobre
Nos amis de Paris 12ème racontent: conférence sur le soufisme du 9 octobre

Une rencontre "à trois voix", organisée à Saint Eloi, par la Commission du dialogue du Doyenné du douzième, mardi soir 9 octobre, a réuni quelque 90 personnes. Elle fut un grand témoignage de ce que peut être un dialogue fraternel, tel que nous le comprenons, depuis 7 ans qu'existe notre commission. La règle : pas question de chercher à prouver, on témoigne et on vit avec l'autre son altérité.

 

Le thème de cette soirée : le soufisme, sensibilité de l'islam à caractère mystique, beaucoup plus influente qu'on ne le croit généralement, même si elle reste discrète. Pour en parler, un spécialiste chrétien, le Fère dominicain Alberto Fabio Ambrosio qui a vécu douze ans en Turquie, au contact du soufisme et qui a écrit plusieurs livres sur le sujet[i], Fouzia Oukazi[ii], historienne, membre d'une confrérie soufie, et l'imam Bubacar Conté, imam de l'association Nour (la lumière) avec qui nous entretenons une relation de voisinage, permanente, fraternelle.

 

Frère Alberto ouvre sa présentation par une immersion dans le "zirk", rite de répétition du nom de Dieu, en conjonction avec une superbe mosaïque qui évoque le Dieu un et unique : le soufisme prend au sérieux la profession de foi au Dieu unique, intransigeance spirituelle qui devient exigence mystique. Le soufisme est né avec l'islam, il est la quintessence de l'Islam. Il est une expérience beaucoup plus qu'une doctrine. Le soufi / derviche/ fakir est d'abord un pauvre, au sens de l'homme en recherche de la Sagesse et de la Vérité, pauvre devant Dieu.

 

Le soufisme s'organise autour d'un maître habilité à dispenser l'enseignement dont l'autorité doit être reconnue, par une succession liée à la transmission, un peu comme ce que connaissent les catholiques avec la succession apostolique. Les membres de la confrérie se retrouvent dans ce que nous appelons un couvent soufi, mais qui n'est pas un lieu de vie permanent, le soufi mène une vie normale.

 

Très répandu, il couvre tout l'ancien empire ottoman et au-delà; il est implanté au Maghreb et en Afrique. On dit que le Prophète aurait communiqué à ses proches, d'une manière spéciale, un enseignement plus poussé, touchant à l'ésotérisme.

 

Fouzia Oukazi nous dit quelque chose de ce qu'elle vit dans le soufisme. Pas "à part", pas étranger, le soufisme c'est l'Islam. Le Prophète lui-même aurait pu être soufi : il se mettait souvent en retraite.

 

A partir du 9ème siècle, les confréries s'organisent autour d'un maître. C'est au disciple de savoir trouver son maître. "Mon maître ne me dit pas ce que je dois faire, il m'éclaire sur ce qui arrive : on apprend de ses échecs".

 

La foi musulmane s'organise autour des cinq piliers de l'Islam, mais aussi de la loi et de la foi : la foi est primordiale, elle permet de comprendre la loi. Le comportement à adopter tend vers l'excellence. Dans une confrérie, on ne prétend pas être soufie, on est en chemin. Par rapport à la mystique chrétienne qu'elle voit plus "statique", Fouzia insiste sur le fait que le soufisme est dans l'action, et tout est occasion de prière. La démarche soufie nous révèle à nous-même. Le soufisme est une spiritualité, pas un mouvement.

 

Pour l'imam Bubacar, le soufisme parle de l'intérieur, "on ne peut pas le dire avec des mots". Beaucoup de fidèles sont malheureusement ignorants de cet aspect de la religion. Les prescrits et les interdits ne sont que des panneaux indicateurs, l'important c'est d'être en chemin, et d'être dans l'amour. Reprenant quelques pratiques citées par les premiers intervenants, l'Imam relève que

  • si on privilégie la musique et la danse, le mental s'arrête et se décentre
  • la répétition du nom de Dieu (qui existe dans d'autres religions) a le pouvoir d'arrêter le mental: "tu rentres à l'intérieur de toi-même".

La pratique du soufisme peut être déroutante pour le reste de la population.

 

En conclusion, l'imam Bubacar revient sur l'amour : comment tuer au nom de l'Islam? L'Islam est basé sur l'amour inconditionnel, celui dont parle le Christ.

 

Pour finir, le petit mot reçu de Frère Alberto: "ce fut une belle et riche soirée à tous points de vue. Je tiens à vous remercier pour cette possibilité de rencontrer les amis soufis et l'imam très profond. Cela fait plaisir de voir des hommes et des femmes avec une telle profondeur au sein de l'islam".

 

Régine Ringwald

 

[i] notamment: "Soufisme et christianisme. Entre histoire et mystique (Ed. Cerf)

[ii] auteure de "Le Coran lu par une femme" (Ed. Edilivre) et de "Femmes en Islam" (Ed. L’Harmattan)

 

De gauche à droite: fr. Alberto OP, Fouzia Oukasi, imam Bubacar et G. Ringwald

De gauche à droite: fr. Alberto OP, Fouzia Oukasi, imam Bubacar et G. Ringwald