Le P. Michel Jondot, grand artisan du dialogue islamo-chrétien

Publié le par Hélène MILLET

Le P. Michel Jondot n’est plus de ce monde depuis le 7 juin 2019. Le GAIC perd avec lui un grand ami. Nos deux co-présidents fondateurs, le P. Michel Lelong et Mustapha Chérif, sont particulièrement dans la peine, ainsi que beaucoup de membres du GAIC. Aux jours de la fondation de l’association, les réunions se tenaient dans l’appartement de Michel Jondot ! Par cet article, GAICnews entend présenter aux personnes qui ne l’ont pas connu ce grand artisan du dialogue islamo-chrétien et s’associer aux hommages qui lui sont rendus.

Le P. Michel Jondot, grand artisan du dialogue islamo-chrétien

   Michel Jondot est né en 1932. Il appartient à cette génération de Français qui a été marquée à vie par la guerre d’Algérie.  Envoyé dans ce pays pour faire son service militaire, il y a découvert le monde arabo-musulman et mûri sa vocation. En 1961 il a été ordonné prêtre dans le diocèse de Nanterre. Mais son ministère ne s’est pas d’abord déployé dans la partie de ce diocèse qui a vu arriver de nombreux travailleurs immigrés et l’islam avec eux. Il a commencé par enseigner la théologie puis il a été nommé curé de la paroisse Sainte-Bathilde de Châtenay-Malabry, au sud de Paris, une ville qui lui est restée chère et où il a conservé de très nombreux amis : ses obsèques, présidées par Mgr Rougé, évêque de Nanterre, y ont été célébrées le 14 juin.

   En 1987, Mgr Favreau, alors évêque de Nanterre, créa pour Michel Jondot le poste de « délégué diocésain pour les relations avec l’islam ». Ce fut le début d’une aventure à laquelle il consacra toute son énergie et qui put se déployer grâce aux solides amitiés qu’il avait su nouer au fil des années. Il faut citer en premier lieu Saâd Abssi, accueilli à Gennevilliers par des prêtres de la Mission de France à l’époque où il militait au sein du FLN intérieur. Resté en France après 1962, Saâd Abssi a continué à combattre pour que les musulmans vivent dans des conditions économiques et sociales décentes et qu’ils puissent pratiquer leur culte dignement.

   Les deux amis ont véritablement trouvé leur voie lorsque s’imposa à eux une vérité essentielle : « ils n’avaient plus rien à craindre l’un de l’autre ». Autrement dit, aucun des deux ne recherchait la conversion de l’autre. Tandis que naissait le GAIC (en 1993), ils créèrent en 1994 une association ancrée dans un territoire précis, celui des Hauts-de-Seine, pour que chrétiens et musulmans agissent ensemble dans le quotidien de l’existence : d’où le nom un peu sibyllin d’Approches 92. L’histoire de Michel Jondot se confond ensuite avec celle de cette association, de ses amis et de leurs réalisations.

   Très vite, Approches 92 put aussi compter sur deux autres personnes : Mohammed Benali, qui s’est aussi voué à la construction de la mosquée et du centre culturel de Gennevilliers, et Christine Fontaine, animatrice pastorale aux côtés de Michel Jondot à Sainte-Bathilde. Un local fut trouvé à Villeneuve-la-Garenne, ville voisine de Gennevilliers, au cœur de la cité « La Caravelle ». Son investissement par une bande de gamins fut à l’origine d’une première activité : le soutien scolaire.

   Puis l’association se tourna vers les femmes, souvent restées arabophones et victimes d’une situation économique très déprimée. Dans la culture berbère traditionnelle, il y a le tissage. Par la pratique d’un artisanat de qualité, beaucoup d’entre elles renouèrent avec l’estime de soi et la dignité. La vente de leurs produits nécessita aussi de passer à la vitesse supérieure : l’association Mes tissages devint le support d’un chantier d’insertion dans les années 2000.

   De là à penser qu’il fallait abriter toutes ces activités et toute cette vitalité sous un même toit, il n’y avait qu’un pas, franchi de manière virtuelle par la grâce d’un site internet : La Maison islamo-chrétienne. Alimenté de façon très régulière par des dossiers dont les thèmes sont à la fois fouillés et traités de manière simple et accessible à tous, le site offre aussi d’autres rubriques, telles la savoureuse « Questions impertinentes » où l’on trouve par exemple cette demande d’un chrétien à un musulman : pourquoi m’interdire le vin lorsque je t’invite à ma table ? Avant d’être publiés sur le site, les dossiers sont édités en petits fascicules dans la collection « La maison islamo chrétienne ».

Le P. Michel Jondot, grand artisan du dialogue islamo-chrétien

     C’est en 2004, à 72 ans, que Michel Jondot a cessé d’être délégué diocésain, sans pour autant mettre en sommeil sa vie associative. Sa retraite a donc été fort occupée. En outre, au sein d’une équipe de 24 personnes, douze hommes et douze femmes, son ministère pastoral a pris un second souffle, dont témoigne un autre site internet : Dieu maintenant. Y sont notamment publiées des homélies pour chaque dimanche et jour de fête, écrite tantôt par Michel Jondot, tantôt par Christine Fontaine.

Le P. Michel Jondot, grand artisan du dialogue islamo-chrétien

     Pasteur pour les chrétiens et ami des musulmans jusqu’à son dernier souffle, Michel Jondot a rédigé des vœux à l’intention de ces derniers pour l’Aïd el Fitr alors qu’il était en Soins palliatifs à l’Hôpital de Bligny (Essonne) :

Mabrouk Aïd !
Frères musulmans,
Pendant un mois, vous vous êtes mis à l'écoute du Coran.
Pendant un mois, pour obéir à Dieu, vous avez connu la faim et la soif :
vous vous êtes faits solidaires des pauvres de la terre.
Aujourd'hui Dieu vous invite à la fête et à la joie.
Au milieu d'un monde ravagé par l'injustice et la violence,
nous chrétiens, avec vous, nous croyons que Dieu appelle tous les hommes
à la joie et à la fraternité.
Ensemble trouvons le chemin que Dieu nous indique !
Aïd Moubarak à tous !

Message du P. Michel Lelong

J’ai appris avec émotion que le Père Michel Jondot venait de quitter ce monde pour retourner à Dieu. Il fut et il reste pour moi un ami qui m’a beaucoup aidé dans mon ministère.

Entouré d’amis qui vivaient avec lui le dialogue entre chrétiens et musulmans, il était aussi attentif à la dimension théologique de ce dialogue qu’à ses exigences dans le domaine social et dans les relations internationales. Il savait que, tout en ayant une dimension essentiellement spirituelle, le dialogue interreligieux doit nous conduire à chercher ensemble – et avec tous, croyants et incroyants – la justice et la paix, partout dans le monde et en particulier sur la terre où naquit le Christ.

C’est autour du Père Michel Jondot qu’eurent lieu les premières rencontres qui conduisirent à la fondation du GAIC.

Que tout ce que nous avons vécu avec lui nous aide à vivre dans l’Espérance.

oOo

Témoignage-prière pour Michel Jondot de Mustapha Cherif

Ce Vendredi 7 Juin 2019 un ami cher, un prêtre catholique français exemplaire, a été rappelé à Dieu. Michel Jondot, fervent artisan du dialogue islamo-chrétien durant plus d’un demi-siècle, a défendu la fraternité, le vivre ensemble et la justice, notamment auprès des démunis et des opprimés. Que le Seigneur l’accueil en sa miséricorde ! Je prie pour la paix de son âme !

Grand disciple de Jésus, il était un fervent homme de paix : « Que la paix soit sur moi (Jésus), le jour où je naquis, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité. » (Coran 19, 33). Michel Jondot fait partie de notre vie et de ces prêtres que Dieu honore dans le Coran, parmi les plus proches d’entre nous, les musulmans, ses amis sincères, liés par une parenté spirituelle : « Tu constateras que les hommes les plus proches des croyants par l'amitié sont ceux qui disent : -Oui, nous sommes Chrétiens!- parce qu'on trouve parmi eux des prêtres et des moines qui ne s'enflent pas d'orgueil. » (Coran 5, 82). Sa pensée et son œuvre resteront vivantes, notamment par la poursuite de son lumineux et pieux travail engagé dans "La Maison Islamo-Chrétienne" avec l’édition de la Revue qui en est le reflet. 

Publié dans hommages

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