Une réflexion autour du voile

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GAICnews a demandé à Beyza, jeune musulmane étudiante en droit, d’expliquer les raisons pour lesquelles elle a décidé de porter le voile.

Comme ce mot revient souvent ces dernières années ! Tout le monde s’en empare pour exprimer son avis, son opposition, son incompréhension. Les politiques, les médias et bien d’autres, tous s’improvisent spécialistes en la question. Mais pourquoi est-ce qu’un bout de tissu, porté sur la tête d’une femme pose autant de problèmes et créé tant de polémiques ? Ce « voile », en réalité, ne devrait pas plus déranger qu’un chapeau. Ne devrait-il pas être conçu comme une manière de se vêtir comme une autre ? Néanmoins, il est évident que c’est sa connotation religieuse qui interpelle.

Je souhaiterais tout d’abord remercier le GAIC de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer sur mon choix de porter le voile. J’aimerais également souligner le fait que tout ce qui va suivre n’est que la présentation de ma pensée personnelle et qu’il se peut que d’autres femmes, portant également le voile, ne perçoivent pas les choses exactement de la même manière.

Bien qu’aujourd’hui, la pratique religieuse consistant à se couvrir les cheveux renvoie essentiellement dans l’imaginaire collectif à la religion musulmane, nous ne sommes pas sans savoir qu’elle existe dans chacune des trois grandes religions monothéistes.

Pour ce qui est de l’islam, il est pertinent de citer le verset 31 de la Sourate « La lumière » du Coran : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ». C’est donc clair et explicite, les croyantes musulmanes sont dans l’obligation de se couvrir non seulement les cheveux, mais aussi le corps. Deux sources sont présentes en islam : Le Coran qui est la parole divine et la Sunna qui est composée des enseignements prophétiques. Alors que le Coran pose l’obligation du port du voile, la Sunna vient en préciser les modalités.

En tant que jeune femme musulmane portant le voile, j’ai fait ce choix à l’issue d’un cheminement personnel et spirituel : le port du voile doit être, à mon sens, tout d’abord perçu comme une adoration. Certes, cette adoration n’est pas reconnue comme faisant partie des cinq piliers de l’islam - que sont : l’attestation de foi de l’existence, de l’unicité de Dieu et de la prophétie de Muhammed (Que la paix et la bénédiction soient sur lui), les cinq prières quotidiennes, l’aumône, le jeûne durant le mois du Ramadan et le pèlerinage -, mais elle conserve tout de même son importance pour les femmes au sein de la religion musulmane.

Pour ma part, cette décision est sans doute une des décisions les plus importantes de ma vie et dont je suis la plus fière. Lorsque l’on commence à s’interroger, à connaitre son Seigneur, notre amour à Son égard augmente et l’envie de lui obéir s’ensuit naturellement. Comme le Prophète (Que la paix et la bénédiction soient sur lui) a dit : « Allah Tout-Puissant a dit : Je suis selon l’opinion que Mon serviteur se fait de Moi et Je suis avec lui lorsqu’il M’invoque (…) Et s’il se rapproche de Moi d’un empan, Je me rapproche de lui d’une coudée ; s’il se rapproche de Moi d’une coudée, Je Me rapproche de lui d’une brasse. Et s’il vient vers Moi en marchant, je viens vers Lui avec empressement ». Ma décision de porter le voile est, à mes yeux, comme ce premier pas que j’ai fait vers mon Seigneur, comme un pilier dans ma relation avec Lui. D’après la Sourate 51, au verset 56, Dieu dit dans le Coran : « Je n’ai créé les djinns et les hommes qu’afin qu’ils Madorent » et porter le voile fut ma première réelle adoration car elle était la plus réfléchie. Enfin je commençais à adorer Dieu, en réfléchissant et méditant. Certes, l’obéissance à Dieu ne se limite pas à porter le voile, mais cette adoration fut, pour moi, le résultat d’un premier questionnement spirituel et le début d’un long chemin menant à Dieu.

Comment l’opinion publique actuelle a-t-elle pu faire passer le port du voile, acte d’adoration et de soumission à Dieu, pour un acte contraignant la femme musulmane ? Cette adoration religieuse est souvent présentée comme un objet de soumission de la femme à l’homme, cette dernière étant contrainte par lui de le porter. Dans une volonté libératrice de la femme, certains se servent de cette machination et de cette usurpation afin de légitimer leur volonté de l’interdire dans l’espace public. Mais qu’y a-t-il de plus insupportable que de faire face à des personnes qui jugent et se bornent à vous faire croire que votre choix, pris en pleine conscience, de manière lucide et libre, n’est en fait qu’un exemple de soumission, un moyen de vous rendre plus docile vis à vis des hommes, une sujétion de votre personne ?

Il est évidemment indéniable que certaines femmes en France et ailleurs sont malheureusement contraintes par leur entourage à le porter, mais cela justifie-t-il de faire d’une minorité la généralité ? Il serait intéressant de rappeler que, depuis quatorze siècles, l’islam interdit la contrainte comme en atteste le verset 256 de la Sourate 2 du Coran : « Point de contrainte en religion ». La faculté de faire des choix librement concernant les actes d’adoration est donc donnée tant à l’homme qu’à la femme. Une personne qui exercerait une contrainte religieuse sur autrui, lui imposant de porter le voile ou d’accomplir toute autre adoration, n’a donc rien compris à l’islam. De plus cet acte, symbolisant la soumission à Dieu et non à l’homme, perd évidement tout son sens lorsqu’il n’est pas fait par conviction mais par contrainte.

Imposer à une femme de porter le voile est inadmissible, c’est l’option de toutes. Mais qu’en est-il lorsqu’il s’agit de lui imposer de le retirer ? Alors qu’en Iran certains se battent pour l’imposer, en France certains luttent pour l’interdire : ces combats sont tous deux aberrants. Chaque femme est libre de ses choix, qu’ils conviennent ou qu’ils aillent à l’encontre de l’idéologie personnelle de chacun. Prôner l’interdiction du voile sous couvert de féminisme est risible. Garantir à une femme le libre choix de faire ce qu’elle veut de son corps, le voilà, le vrai féminisme.

Lorsque ce n’est pas le féminisme ou la volonté libératrice de la femme qui sont donnés pour justifier le refus du port du voile, c’est la laïcité qui fait son apparition. Utilisée aujourd'hui comme rempart protégeant les extrémistes et leur permettant de diffuser leurs idées saugrenues, la laïcité est initialement une protection du choix religieux de chacun. Sur le site officiel du gouvernement il est possible de lire que : « la laïcité repose sur trois principes et valeurs : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions ». Ma question est donc la suivante : une femme, portant un voile, trouble-t-elle l’ordre public ? Peut-être trouble-t-elle les esprits de certains, mais sûrement pas l’ordre public.

Par ailleurs, Aristide Briand, alors qu’il participait aux travaux préparatoires de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, s’était posé la question de l’aspect vestimentaire des religions, visant notamment le style vestimentaire des prêtres catholiques. Il finit par conclure que « la soutane devient dès le lendemain de la séparation un costume comme un autre […] C’est la seule position qui nous ait paru conforme au principe même de la séparation ». De même, en application de l’esprit de la loi de 1905 et du principe de séparation de l’Eglise et de l’État, le port du voile ne devrait pas être appréhendé de manière différente du port d’un autre couvre-chef, tels que les bonnets ou les bérets par exemple.

Il est donc aujourd'hui décevant que ces polémiques concernant le voile, qui ne devraient pas être, occupent autant le débat public et les esprits en France. Il semble parfois être oublié que derrière ce « voile », objet d’acharnement, se cachent des êtres humains qui peuvent être affectés par toutes les horreurs qui peuvent être prononcées à l’égard de leur choix, voire de leur personne. Ce sont des femmes avec des rêves et des projets, qui ne demandent qu’à vivre en paix. Non, ce voile n’est pas une provocation et ne va pas à l’encontre des principes de la République. Bien au contraire, il est une des manifestations de la liberté de conscience et surtout du principe de laïcité découlant de la loi de 1905.

Le but de ce témoignage n’est pas de nous faire passer, nous, femmes ayant décidé de porter le voile, pour des victimes de la société actuelle. Nous rencontrons, certes, des difficultés au quotidien en raison de ce choix ; tantôt nous en rions, tantôt nous en pleurons, mais nous n’abandonnons pas. Lorsque l’on fait quelque chose par conviction, il est bien dur d’y renoncer pour faire plaisir à un employeur, un professeur ou encore à un proche. Il est évident que ce choix nous ferme aujourd’hui beaucoup de portes, que ce soit dans le domaine professionnel, scolaire ou même social, mais après cette tentative de condensation de ma pensée et de mes motivations, pensez-vous que cet acharnement à l’égard de mon voile est justifié ? Il m’est arrivé d’être humiliée, mise à l’écart, mais devrais-je m’en sentir coupable ? Je ne pense pas ; je m’attriste tout simplement face à la bêtise humaine. Tant que les gens ne prendront pas la peine de s’informer, ce sont l'ignorance et la peur qui régneront. Cette peur de l'inconnu qui entraine ces regards incessants et ces remarques déplacées, voire même blessantes, comme l'assimilation d’un acte inoffensif au terrorisme. Pourquoi se focaliser sur ce qui nous sépare, au lieu de se concentrer sur les nombreuses valeurs qui nous unissent ? Que la paix soit sur vous…

Beyza D.

Publié dans Coran, actualité, islam

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