DOSSIER : Quelques tranches de vie durant le confinement

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Dans le journal La Croix du 14 mai est paru un article intitulé « Le dialogue interreligieux à l’épreuve du confinement » (à lire en fin de page). Il s’agit d’un « retour sur deux mois de dialogue interreligieux, marqué par les échanges soutenus entre les représentants des cultes et quelques tensions ». A cette époque, il y avait eu la polémique sur la réouverture des lieux de culte, avant ou après la Pentecôte et l’Aïd.

Dans ce DOSSIER, nous avons voulu compléter cet article par des flashs sur des actes individuels ou collectifs, à l’échelon qui est le nôtre, en réponse à des situations devenues exceptionnelles. Ce sont soit des témoignages, soit des informations venues jusqu’à nous que nous avons souhaité relayer.

1. A l’échelon d’une ville, en France et au cœur de la pandémie, une prière interreligieuse contre le COVID 19 avec les moyens du bord, à l’invitation d’une association multi-culturelle :

2. A l’échelon d’une mégapole, Istanbul, une réunion par Zoom de 13 représentants des églises, des communautés, des religions et des rites différents le 22 avril :

3. Au GAIC, la 12ème marche vers Chartres sur les pas de la Vierge Marie par Zoom :

Le dimanche 7 juin 2020 de 20h à 22h.

A défaut d’une marche, une rencontre virtuelle sur zoom pour cause de confinement.

Tel qu’annoncé, le but de cette marche est que, fidèles à nos fois respectives, nous nous rapprochions de Celui qui est tout proche de nous en cheminant ensemble, mus par le même Souffle.

Nous étions réunis, une trentaine, autour de six intervenants chrétiens et musulmans (3 femmes et trois hommes). Marie apparaît, à partir des différents témoignages et échanges, comme une mère idéale du Verbe intercédant auprès de Dieu, de ce fait, pour restaurer des relations difficiles entre mères et enfants, un pont entre chrétiens et musulmans, une âme sœur pour les femmes, une rassembleuse des cœurs dans leur élan spirituel…

Un retour sur cette rencontre : « J'ai beaucoup apprécié la simplicité et la profondeur des témoignages. En particulier celui de la jeune femme musulmane qui a été absorbée plusieurs heures par un face à face avec Marie, qui - depuis - est présente comme mère à ses côtés, en l'absence de sa mère terrestre, restée au pays. L'importance de Marie pour les musulmans, illustrée par ce témoignage et d'autres, était pour moi une vraie découverte. »

Un fruit de cette rencontre : l’idée d’associer, sur l’indication de l’évêque, un service diocésain de banlieue à ce pèlerinage en 2021.

4. Sur le site du GAIC, un schéma de prière interreligieuse proposé pour se joindre à l’appel d’une prière pour l’humanité, le 14 mai (à lire à la fin de l'article)

5. Le témoignage d’un administrateur chrétien du GAIC infecté par le coronavirus :

Le 9 mars, je suis tombé malade avec tous les symptômes de la Covid-19, sauf une difficulté respiratoire, ce qui m’a évité d’être hospitalisé. Le médecin m’a prescrit un médicament contre la fièvre, qui a duré une bonne dizaine de jours. Ensuite, il m’a fallu encore une bonne dizaine de jours pour me remettre d’une très grande fatigue. J’ai pu reprendre le cours normal de la vie confinée dans les premiers jours d’avril. Comme tout accident ou maladie, je me suis retrouvé contraint d’arrêter ma vie sociale une semaine avant le confinement décrété par le Gouvernement. Il m’a fallu faire face à ce virus infiniment petit qui a été capable de stopper un très grand nombre d’humains sur terre. Cela m’a rappelé que je suis un être mortel avec toutes ses vulnérabilités. J’ai pensé aussi à l’Évangile « L’esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mc 14, 37-38) ». Croyant, j’ai vécu cette période en acceptant que mon corps soit fatigué au point de dormir près de 16 heures par jour. J’ai pensé à toutes les autres personnes qui ont été bien plus malades au point d’être placées sous oxygène ou intubation et parmi celles-ci celles qui en sont mortes. J’ai prié Dieu pour me remettre entres ses mains en ce temps de carême puis de la semaine sainte. J’ai pensé à Jésus qui a crié le vendredi saint « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » et qui dans une très grande confiance en son Père a remis son esprit entre ses mains. Cela m’a fait partager la dimension verticale de la foi de mes amis musulmans, avec qui je suis en communion, comme avec les autres croyants. Avec une grande dignité, se sentir entre les mains de Dieu, prêt à accepter sa volonté « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », une volonté d’être et de faire avec les autres, réflexion, prière et action. L’être humain n’est pas fait pour rester dans une « distanciation sociale ». Il est fait par tous les liens avec les autres humains.  C’est un être de liens. J’ai vécu un peu comme un ermite dans le désert. Coupé de mes liens de chair mais en relation avec Dieu, en relation avec mes frères et sœur par le téléphone, par la pensée, avec celles et ceux qui ont eu le souci de ma santé. Cela m’a reposé la question pour qui je compte et sur qui je peux compter. J’ai vécu la maladie et ce confinement comme une épreuve, au sens chimique du terme et desquels je peux, nous pouvons, en sortir grandis, plus forts intérieurement pour affronter « le jour d’après ». Alors oui, je peux m’associer à la prière des évêques de France du 8 juin « Nous t’en prions, accorde maintenant à tous la grâce du discernement et de la détermination pour mettre en œuvre les conversions nécessaires et faire face aux difficultés économiques, aux défis et aux opportunités de la période à venir. A chacun des membres de ton Église, accorde d’être attentif à tous et d’annoncer ton Évangile ».

6. L’enregistrement d’un hymne à l’amour divin par un administrateur musulman du GAIC 

7. Le désarroi d’un prêtre, administrateur du GAIC, lors d’obsèques dans l’intimité de tombeaux ouverts :

« Vendredi 27 mars. J'étais ce matin au cimetière Nord de Mulhouse pour un temps de prière pour l'inhumation de J., une jeune femme de 53 ans décédée du cancer. C'est triste et difficile de dire ainsi au revoir de façon presque expéditive, dans l'allée du cimetière, avec à peine une dizaine de personnes se tenant à bonne distance les uns des autres.

J'ai l'habitude de me trouver ainsi près d'une tombe ouverte, face à un trou béant. Mais ce matin, ce qui était impressionnant, ce n'est pas une tombe, ni 2, mais 10 nouvelles tombes ouvertes les unes à côté des autres. Il y a là vraiment un signe de ce que nous sommes en train de vivre. Une réalité dont les chiffres et les images n'arrivent pas à rendre compte, si ce ne sont les témoignages que nous pouvons lire et entendre.

Un autre signe, c'est que cela se rapproche de nous. De plus en plus, nous connaissons des proches, des amis, dont un membre de la famille est entre la vie et la mort, ou vient de partir. Le pire, c'est que nous ne savons pas si nous sommes au début, au milieu ou vers la fin.

Mais gardons confiance et espérance : "Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse ; et vos os revivront comme l’herbe reverdit." Isaïe 66,13c.14ab »

DOSSIER : Quelques tranches de vie durant le confinement

8. Une rencontre de l’Autre à l’hôpital, vécue par un patient et deux soignants administrateurs du GAIC, l’une chrétienne et l’autre musulman :

Après avoir été moi-même malade et victime d’une rechute, je suis retournée travailler à l’hôpital où j'ai rencontré un patient iranien, parlant français, qui m'a montré avec beaucoup d'émotion un très beau livre en arabe. Du fait de troubles cognitifs, il ne pouvait me dire le nom de l'auteur mais à sa façon de scruter mon regard, je sentais que cet ouvrage était très précieux pour lui. Avec sa permission, j'ai pris la couverture en photo‌ et l'ai envoyée à N. (médecin et administrateur musulman du GAIC) qui m'a éclairée de façon lumineuse sur l’auteur, Shams (un persan, mort en 1248, qui fut un inspirateur de Rumi), et surtout sur ce que ce livre révélait de la spiritualité du malade.
Le lendemain, je crois que le temps partagé avec ce patient avait quelque chose à voir avec une profonde et authentique mise à nu interreligieuse, une entre-connaissance. J'ai commencé par le remercier de sa confiance et du cadeau qu'il m'avait fait en me montrant ce livre. Je lui ai lu ce que N. m'avait écrit puis deux extraits en français du Cantique des oiseaux, une œuvre de Farîd al-Dîn Attâr, poète persan contemporain de Shams, sans lui citer ma source. Mais ce malade l’avait si bien identifiée que, le surlendemain, il m’a montré son propre exemplaire du Cantique des Oiseaux que lui avait apporté son épouse à sa demande, pour me le montrer.
Il me semble qu'alors, Dieu nous avait donné rendez-vous. Les mots sont bien pauvres pour traduire cela. Une émotion et un recueillement intenses régnaient dans cette petite chambre d'hôpital ; nos yeux brillaient et nos cœurs étaient tout brûlants ! En tant que médecin, N. m’avait manifesté de la bienveillance devant mon atteinte par le virus, mais il m'avait aussi offert, en tant que croyant, de vivre un moment qui a été un remède bien plus puissant que tous les médicaments du monde : j’ai renoncé là à la recherche de la performance scientifique pour entrer avec humilité dans l’authenticité de la rencontre. Cette attention l’un à l’autre, cette « Visitation » vécue avec cet homme malade ayant perdu son langage pour s'exprimer, n’ont pu se vivre que grâce à N.
Cet échange relayé à l’équipe médicale a surpris et a appris bien davantage sur la communication résiduelle de ce patient que tous les tests. Il nous a enseigné avec sa vulnérabilité et la puissance de ce qui l’a toujours nourri.
La parole n'est rien si elle n’est pas reliée à ce qui nous anime profondément ; la vraie rencontre est Autre.

9. La mise en place d’une permanence téléphonique pour les détenus par le co-président musulman du GAIC :

La période du confinement a bouleversé nos habitudes et l'organisation des services publics. Dans le cadre de mes nouvelles fonctions associatives en charge de l'aumônerie au sein du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman), j'ai coordonné la mise en place de la permanence téléphonique en lien avec la Direction de l'administration pénitentiaire et l'aumônier général des prisons. Sans la visite de leur famille ou des aumôniers, les détenus qui étaient isolés à cause des mesures sanitaires ont pu avoir une écoute attentive grâce à cette permanence téléphonique dont une partie s'est déroulée durant le mois de Ramadan. 2905 appels ont été reçus jusqu'au 6 juin 2020, qui ont permis ainsi d'apporter une assistance spirituelle et morale aux détenus.

10. Une association musulmane de la Banlieue sud parisienne a multiplié par dix ses distributions de repas :

11. Les associations du collectif Urgence Welcome de Mulhouse mobilisées face à la crise sanitaire :

12. Un exemple d’hébergement cultuel venu de Berlin :

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