Le groupe islamo-chrétien de Plaisir

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Deux  communautés osent la rencontre et le vivre ensemble

Depuis juin 2009, musulmans et chrétiens, se rencontrent deux fois par an sur un thème commun. Imams, croyant (e)s de la mosquée, curé de la paroisse avec une laïque animent ces soirées. Plus récemment des échanges en petits groupes favorisent  un riche partage des expériences.
Des thèmes communs, une approche différenciée: Voici quelques thèmes abordés. «  L’esprit des fêtes », « Aumône, Charité, Le partage, un devoir ou un choix ? », «  Le don de la Miséricorde », « La pratique de la prière», « Les femmes, dans nos traditions religieuses », « Pèlerinage »,  « La Création : Don de Dieu, Responsabilité des Hommes », «La Famille et l’Education : la transmission »,  « Rencontre de l’autre : désir et nécessité » - cette rencontre fut animée par le mouvement Coexister et Rasim, partenaire du CCFD Terre solidaire, originaire de Bosnie -, « Notre amour partagé pour Marie », « N’ignore pas ton voisin ».
Temps de prière dans le respect des différences et temps convivial
Nous prenons un temps de prière séparément, dans le même lieu, en fonction des horaires des prières musulmanes. Nos rencontres se terminent par un temps convivial : gâteaux,  thé servi par des jeunes des deux communautés.

A chaque grande fête : Aïd el Fitr et Aïd el Adha d'un côté, Pâques et Noël de l'autre, le responsable de  nos communautés respectives envoie une lettre de vœux,  message lu aux fidèles pendant la prière dans nos lieux de culte. Pour le mois de Ramadan, des Messages sont confiés aux chrétiens à la fin de la messe pour leurs amis et voisins musulmans. Ces messages sont remis aux musulmans à la sortie de la prière du vendredi par quelques membres de la communauté chrétienne. Depuis quelques années nous sommes invités à vivre, à la mosquée, la rupture du jeûne.

Depuis 2016, l’imam vient lire le message de la communauté musulmane à la communauté catholique en début de nos célébrations pour Noël et pour Pâque (pour les trois célébrations, 1300 chrétiens environ). Notre curé pour l’Aïd El Fitr et l’Aïd el Adha va lire notre message au début de la grande prière à la mosquée (1000 musulmans environ), et les musulmans comme les chrétiens applaudissent !

Solidarité vécue ensemble pour les plus démunis

Depuis janvier 2011 nous organisons deux journées entières de collecte en faveur des Restos du Cœur ; le leitmotiv est : « Chrétiens et musulmans pour les Restos du Cœur ». Des croyants des deux communautés œuvrent ensemble pour être solidaires. Jeunes de l'aumônerie, scouts et enfants du catéchisme se joignent pour cette action à des jeunes de la mosquée.

Visite de nos lieux de culte.
Noël 2012. Les enfants du catéchisme et quelques parents ont porté et partagé des gâteaux avec les enfants de l'école coranique. Occasion pour eux de signifier que Noël est une fête religieuse, chrétienne, où nous célébrons la naissance de Jésus. Les enfants et leurs parents ont visité la mosquée, assisté à une prière faite par un imam et des enfants de l'école coranique.

2013, l’imam responsable de l’école coranique, accompagné de 50 jeunes entre 12 et 22 ans, visitent notre église, nouvellement ré-ouverte. Les parents et enfants du catéchisme assurèrent l’accueil et la visite guidée. Depuis, nous proposons des visites de la mosquée et de l'église aux croyant(e)s des deux communautés.

En 2015, nous avons fait une visite guidée du centre de Plaisir avec une personne de l’association du patrimoine nous racontant l’histoire du passage de la royauté à la république : mairie, écoles, cimetière, registres.

En 2018, nous avons visité : la synagogue de Versailles, la cathédrale de Versailles, la grande mosquée de Trappes/St Quentin.

La lumière de la Paix : depuis 2010, les guides et scouts de France apportent la « Lumière de la Paix », qui vient de Bethléem, à l’aumônerie de l’hôpital, à la communauté évangélique et aux jeunes de l’école coranique.
Le calendrier de la Paix en soutien à un orphelinat en Palestine, « Enfants des Oliviers ». En décembre, nous vendons environ 250 calendriers, aux sorties des messes. On y découvre les dates des fêtes juives, chrétiennes et musulmanes et leur explication. Nous en offrons une cinquantaine à nos amis musulmans et juifs. 

Voilà ce que nous vivons humblement à Plaisir.

Le groupe islamo-chrétien de Plaisir

Avant de quitter l’équipe islamo-chrétienne de Plaisir, je souhaite vous partager quelques moments FORTS vécus grâce et en communion avec des musulmans croyants.

On entend souvent des musulmans dire : «  inch’Allah » (si Dieu veut), et des non musulmans se moquer : « oui, facile de dire ça ! ». Je n’arrivais pas à répondre, mais j’avais mal pour les musulmans…..Dans le livre de Fadila Semaï, L’ami parti devant, j’ai trouvé l’expression qui m’habitait. Fadila fait le parallèle entre le « inch’Allah » et le « Fiat » de Marie, le OUI de Marie à Dieu dans la foi au Dieu UN et MISERICORDIEUX. Je l’ai vécu à plusieurs reprises avec des amis, des frères et des sœurs musulmans dont M. Behraoui. Son fils de 16 ans, Hichem, était opéré pour la deuxième fois en 48h par un neurochirurgien à La Salpétrière, suite à un traumatisme crânien. M. Behraoui ne savait pas si son fils allait survivre à cette deuxième intervention, ni dans quel état il allait se réveiller. Comme Christian Lambert ? tétraplégique ? ou avec quelques séquelles ? ou comme avant ? A ce moment-là, M. Behraoui me dit : « inch’Allah », c’est-à-dire je dis « OUI » à Dieu, quelle que soit l’issue après l’intervention, car je sais que Dieu me donnera la force de vivre cette situation ».

« A Dieu = au revoir, Ali, nous nous reverrons chez Dieu ». Voilà quel fut mon dernier échange (en arabe) avec Ali, alors je travaillais comme soignante dans un service d’hommes en situation de handicap physique et/ou mental à Tripoli en Lybie. C’était un Samedi Saint pour nous chrétiens. Le dimanche de Pâques, en arrivant au travail, on m’annonce qu’Ali est décédé dans la nuit. Certainement au moment où, en communauté chrétienne, nous célébrions la Résurrection du Christ. Cela fait 30 ans qu’à chaque Veillée pascale je suis en communion avec Ali et d’autres personnes avec qui j’ai eu ce même échange, quelques heures avant leur rencontre avec Dieu.

Depuis 10 ans que les musulmans de Plaisir ont une mosquée c’est-à-dire « un lieu digne pour prier », je vais dans la salle de prière des femmes aux deux grandes fêtes : Aïd el Fitr et Aïd el Adha. J’arrive 1h30 avant la grande prière, ce qui me permet de prier avec eux : « Lâ ilaha illâ liâh » = il n’y a de Dieu que Dieu, il n’y a pas de divinité en dehors de Dieu », en cœur avec tous les musulmans du monde qui se tournent vers Dieu, le Dieu UN et MISERICORDIEUX, auquel je crois dans ma tradition catholique. Dans ces moments-là, je suis très émue ; c’est dans le livre de Nayla Tabbara, L’islam pensé par une femme, que j’ai trouvé les mots pour exprimer ce que je ressens.

Je cite Nayla : « Je savais quand prier avec les chrétiens, et quand rester silencieuse : je priais avec les priants lorsque les mots de la prière étaient en accord avec ma foi, et lorsque les mots révélaient les différences de dogme, je restais silencieuse dans le respect et dans une union de fond dans l’élan de la prière. La force de cette communion possible au-delà des différences dogmatiques m’a plus d’une fois émue jusqu’aux larmes durant la messe. Certains, me voyant si touchée, me demandaient si j’allais me convertir. En réalité, je vivais quelque chose de spirituellement très fort, mais cela n’avait rien à voir avec la conversion au sens traditionnel. C’était au contraire la possibilité de cette rencontre au cœur de la foi, dans cet élan du fond de nos âmes, alors que nous appartenons à des religions différentes, qui me touchait si profondément ».

Marie-Christine Brehm-Tartaut

Publié dans Gaic locaux

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