Conférence-débat : "Pourquoi dialoguer ?"

Publié le par Eric Maier

Le vendredi 9 novembre 2018, le GAIC a organisé, dans le cadre de la SERIC, une conférence-débat à 2 voix sur le théme "Pourquoi dialoguer ?" avec le pasteur Robert Philipoussi (pasteur de l’Église Protestante Unie de France de la paroisse de Paris - Port Royal, membre du CA du GAIC) et l’imam Tariq Abou Nour.
 
Face aux appels à la conversion de l’autre, qui surgissent ici ou là de manière insistante, il nous a paru important de nous replonger à la source de la spécificité de notre engagement au GAIC : l’absence de tout prosélytisme, nécessaire à l’éclosion de l’amitié entre chrétiens et musulmans

Intervention de Robert Philipoussi 

 

Un peu d'étymologie.

Dia – logue. Avec dia est marqué l'inévitable distance qui existe entre des interlocuteurs, parce cette particule en grec signifie : à travers.

C'est donc à travers cette inévitable distance- mais une distance qui peut être augmentée par beaucoup d'imaginaire autour - que le logos, la parole, dans le dia-logue doit passer. Il y a une distance, et le projet est de la franchir par le dialogue. Voilà ce que veut dire dia-logue, une parole logos qui passe aux travers des distances. 

Dans un dialogue, précisons-le, on n'est pas obligé d'être uniquement deux, un dia-logue c'est une parole qui passe au travers de la distance séparant un nombre indéfini d'interlocuteurs. Ainsi tout à l'heure nous pourrons dialoguer à plusieurs. 

Ça c'est pour l'étymologie qui nous fournit le cadre on va dire technique dans lequel on parle.

 

Mais ma véritable introduction sera plus sensible.

Je crois que nous sommes chacun des êtres individuels remplis d'inquiétude, dont les âmes sont remplies d'inquiétude. 

D'une inquiétude que je dirai originelle. Nous sommes constitutionnellement confrontés à notre individualité qui nous isole. Alors, quand nous voyons quelqu'un d'autre, nous sommes heureux, parce que sa présence en nous offre cette sensation d'exister que nous pourrions perdre dans l'isolement. La rencontre devient nécessaire, vitale, et elle peut se faire sous d'innombrables formes et mise en scènes.

La religion, comme son nom l'indique, se propose de relier les individualités entre elles. D'un point de vue pratique, elle sert à ça, les idéologies servent aussi à ça.

Nous pouvons tenter de résoudre cette inquiétude de plusieurs façons, mais toutes ne sont pas bonnes. 

Nous pouvons nous confronter à ce quelqu'un d'autre, cette forme de relation nous donne la sensation d'exister dans la différence. Je deviens quelqu'un dans ce que je ne suis pas cet autre, je m'appuie sur lui et me constitue en n'étant pas lui. 

Nous pouvons aussi vouloir devenir comme lui - ou vouloir qu'il devienne comme nous -, ce qui nous donne la possibilité de faire partie de quelque chose de plus grand que nous et encore une fois nous donne la sensation – illusoire - de dépasser les frontières de notre individualité. 

Nous pouvons aussi tenter de nous dissoudre en lui, dans la soumission la plus totale, ou de le dissoudre, dans la domination la plus totale. Ce qui est aussi une grave erreur, puisqu'ainsi, au lieu d'être compensée, l'inquiétude liée à notre solitude originelle est amplifiée au point d'être irrémédiable. 

Mais nous pouvons aussi entrer en dialogue c'est à dire déterminer ensemble ce qui nous est commun. Cette fameuse parole qui traverse, mais qui respecte nos personnes qui ainsi n'errent plus dans le désert de leurs isolements, qui ne se battent plus en pure vanité, qui ne cherchent plus à se fondre, mais qui envisagent l'autre comme le compagnon de recherche d'une source commune de vie.

Donc, pour moi, s'il n'y avait qu'une finalité au dialogue, c'est de nous délivrer d'une façon saine de l'inquiétude. Pour les croyants que nous sommes, musulmans ou chrétiens, cette inquiétude a une origine, elle a un nom, c'est l'inquiétude originelle d'avoir été expulsés du Jardin d'Eden et jetés dans un monde inquiétant. C'est aussi l'expérience humaine fondamentale que chacun de nous a fait en naissant.

Voilà pour mon introduction.

Maintenant, je voudrais examiner quelques points qui obstruent notre capacité de passer au travers de la distance dont je parlais tout à l'heure. Quelques obstacles qui obstruent cette possibilité de convoquer une parole une et commune qui pourrait nous relier plutôt que de nous éloigner encore plus, et nous enfermer encore plus dans notre isolement. 

  

Les conflits de jeunesses respectives

Je vais d'abord prendre un exemple. Je suis pasteur d'une paroisse et comme pasteur, une des parts de mon métier est aussi de contribuer à résoudre des conflits entre des personnes. 

Il y a tellement de sources de conflits ! Mais il y en a une que j'ai bien repérée, y compris dans des classes sociales assez homogènes, c'est le conflit lié à la génération. Mais attention, je ne parle pas de la banale querelle entre « anciens et modernes », je parle d'autre chose. J'ai identifié que souvent les conflits étaient en fait des conflits de jeunesse. C'est à dire que des gens se battent à coup de représentations, et j'ai repéré que ces représentations étaient liées à leurs idéaux de leurs jeunesses respectives, qui sont restés incrustés en eux. Ainsi souvent, quand des gens de différentes générations se battent, c'est souvent les idéaux et les représentations de leurs jeunesses respectives qui s'affrontent. 

Et pour cette conférence, je propose une hypothèse. Nous les chrétiens, notre « jeunesse » c'est l'expansion de notre secte messianique au début de ce qu'on a appelé à tort l'ère chrétienne, et les résonances de ce mouvement spectaculaire sont encore là, dans nos façons de croire et de penser – j'en veux pour preuve les 600 millions d'évangéliques en constante progression dans le monde, qui pensent revivre l'Église originelle. Je ne veux pas vraiment parler pour l'Islam, mais ce que je connais de l'histoire du prophète est profondément exaltant, et à même de provoquer encore des résonances pour aujourd'hui. Le problème est que les jeunesses respectives de nos religions ne se sont pas effectuées dans les mêmes mondes, dans les mêmes bains de représentations, et ce sont ces mondes qui aujourd'hui, dans le temps réel, s'affrontent. 

Pas grand monde ne dépasse les émotions et les découvertes de sa jeunesse, et les religions non plus, car les religions défient une des plus importantes lois naturelles : celle de l'évolution. 

Mais vous conviendrez que si cette hypothèse est vraie, c'est quand même quelque chose qu'on devrait être capable de dépasser ! Car, il n'y a rien de fondamentalement religieux là-dedans, il s'agit juste du transfert d'une nostalgie. Et une part de l'entreprise de dialogue qui pourrait s'effectuer serait dans la recherche autour de nos jeunesses respectives. Et déterminer ô combien elles nous déterminent aujourd'hui, de la même façon que les engagements d'un individu en général se structurent dans sa période de jeunesse, voire de prime jeunesse, et très souvent le déterminent pour la vie. 

  

Je suis la vérité

Un autre obstacle et non des moindres est que chacune de nos deux religions dit avoir ou être la vérité. Jésus dit, dans un évangile sur quatre – il ne le dit pas dans les trois autres -, être le chemin la vérité et la vie. L'islam aussi s'impose comme vérité révélée. Or, en la matière, il ne peut pas exister plusieurs vérités. Pour nos deux religions, il n'y a pas la possibilité d'une pluralité de dieux, donc il n'y a qu'une seule vérité et donc inévitablement, celui qui n'est pas nous est forcément dans l'erreur. Et ça, avant que de convoquer les bons sentiments, les «  on est tous frères », il faut se le dire voire se l'avouer. Personne ne peut aujourd'hui se dire à la fois musulman ET chrétien, et aussi être reconnu par les musulmans Et les chrétiens. En la matière, la double appartenance n'existe pas. Et il faut questionner ce tabou sereinement. 

Pour ma part, sur ce sujet de la « vérité », j'en reste à la question de Pilate à Jésus « qu'est-ce que la vérité » dit Pilate et j'entends... la non réponse de Jésus. 

 

Une religion anti-politique peut-elle dialoguer avec une religion politique ?

Un autre obstacle est une vraie différence, à mon sens. Le christianisme, fondamentalement, n'est pas politique. Ce n'est pas qu'il est a-politique, c'est qu'il est anti-politique. De la même façon qu'il a combattu- en les utilisant- les idéaux grecs de sagesse, qu'il a usé de toutes les ficelles de la rhétorique et des genres littéraires grecs pour les subvertir et diffuser son message qui avait la force d'un défi à l'Empire romain, il est officiellement anti politique : mon royaume n'est pas de ce monde, a dit Jésus. Point. Ensuite, certes, le catholicisme est devenu extraordinairement politique au point de se constituer à partir de ce qui est devenu un « ÉTAT ». Mais Rome pour les chrétiens, et même pour les catholiques n'a pas le magnétisme qu'ont Jérusalem ou La Mecque pour les juifs et les musulmans ; mais initialement, la fougue de jeunesse du christianisme était anti politique au point qu'il a récupéré le mot grec « ekklesia » pour dire église, qui était le nom de l'assemblée délibérative grecque de la Polis, de la Cité, pour mieux affirmer contre l'empire et les pouvoirs « de ce monde » que les assemblées au nom du Christ étaient extra mondaines. 

Or, l'Islam, dès sa création, est une religion politique. Sa constitution s'est effectuée sur deux cités. Polis veut dire Cité, et a donné le mot politique. C'est à mon avis le principal obstacle entre l'Islam et le christianisme. Et je suis loin d'avoir la moindre idée pour dénouer cet inextricable-là.

Oui, Jésus n'était pas un homme politique, et son histoire, sans la compréhension de la foi autour, peut se lire comme un échec ; le prophète de l'Islam, lui, était un fin politique doublé d'un chef de guerre.

Mais essayons quand même de démêler un peu d'autres choses plus faciles ! 

 

La même ambition de « nettoyer le ciel »

Nous avons un point commun, qui pose des questions, mais qui est commun. 

Les trois religions monothéistes, quand elles se sont créées avait une même ambition, que j'appellerai celle de nettoyer le ciel. C'est une figure de style pour évoquer le retour des juifs, au 6e siècle avant l'ère chrétienne, dans ce qui était devenu la province perse de Judée, et ces juifs de retour ont mis à bas des idoles qui avaient selon eux infesté le territoire. De cette réflexion est née l'idée même du monothéisme juif. 

De même, le mouvement qui allait devenir le christianisme a eu envie de dépolluer le même ciel, encombré de divinités païennes, mais aussi selon eux, de pratiques juives qui n'avaient, selon ce mouvement, plus aucune pertinence. Ce christianisme jeune a aussi voulu aussi dépolluer le ciel de toutes ces idées/idoles liées à la sagesse grecque, pour magnifier ce qu'il a appelé la folie de la croix. L’apôtre Paul a été ce grand nettoyeur. Il n'y a plus ni juif, ni grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme ni femme, toutes idées selon Paul qui encombrent. Il n'y a plus que l'événement de la grâce absolue.

Six siècles plus tard, selon l'Islam naissant, le christianisme était redevenu polythéiste, et il est vrai qu'on pouvait déjà considérer que la figure du Christ était devenue un Dieu, ce qu'il n'est absolument pas dans les évangiles. Il y avait eu entre temps aussi beaucoup de remplissage du ciel avec de nombreuses divinités intermédiaires, que d'un nom pudique on appellera des saints, mais que d'un point de vue d'ethnologue, on pourrait appeler des divinités ancestrales ou héroïques, puisqu'on les implorait, on les priait, on adorait leurs reliques, et on faisait pour elles des sacrifices . La première d'entre ces divinités ayant été Marie, et ce dès le IVe siècle.

En nettoyant Médine par la persuasion, le compromis ou la force, le Prophète a aussi nettoyé le ciel pour retrouver une notion monothéiste pure, qui n'avait jamais été aussi pure depuis le retour des Juifs d'exil.

Pour la petite histoire intra chrétienne, les protestants originels avaient aussi cette vocation-là de nettoyer le ciel, de désencombrer notre mental de toutes les idoles, et certains d'entre eux ont été de violents iconoclastes. 

Tout cela, ce sont des pulsions « idéalistes » qui ont toujours existé dans tous les mouvements politiques ou religieux.

Je vais aborder ce point de deux manières. La première dira que, dans cette ambition-là, nous avons beaucoup plus de proximité que nous croyons. La seconde questionnera cette ambition. 
  

Un christianisme aussi strictement monothéiste que l'Islam 

Le plus grand grief que l'Islam porte au christianisme  est la trinité conçue comme un polythéisme. Je ne vais pas défendre la trinité ni toute la délicatesse argumentative qui permettrait de concevoir ce concept - non biblique – en dehors de l'accusation de polythéisme. 

Je dirai simplement, pour en rester à mes sources originelles, qu'aucun auteur du nouveau testament n'a cru que Jésus était un Dieu. Aucun. Même Jean, qui parle d'une proximité, d'une intimité fusionnelle entre lui et son père n'en fait pas un Dieu. Pour lui seul le logos, la Parole, est Dieu. 

Certes, beaucoup de chrétiens adorent Jésus comme ils adoreraient un Dieu, puisque déjà ils le prient.  Mais moi, si je veux rester « biblique » et respecter les textes de « jeunesse » de ma religion, si certes je reconnais Jésus comme un prophète lumineux et de qui je pourrai dire qu'il est inspiré par Dieu et dont je pourrai écouter les paroles comme de la parole de Dieu, je ne dis pas «  Il est Dieu ». Je prie Dieu. Je ne prie ni Jésus, ni Marie, ni aucun des saints du calendrier. 

Mais avouez qu'une grosse épine du pied pourrait être enlevée si jamais les chrétiens lisaient leurs textes et écoutaient leur Christ parler. À un interlocuteur qui lui disait «  Bon maître », il a répondu : pourquoi m’appelles tu « bon » ? Dieu seul est bon. Sous-entendu : je ne suis pas Dieu. 

Pour moi, il n'y a qu'une religion, il n'y a que des législations différentes. 

Il n'y aucune différence essentielle. Nos textes sont strictement monothéistes et il s'agit du même Dieu. Celui d'Abraham, qui n'était ni juif, ni chrétien, ni musulman.

Cela dit, il faudrait qu'ensemble, au nom de notre capacité de dialoguer, nous puissions questionner cette ambition qui serait de « nettoyer le ciel ». Parce qu'il n'y a pas que nous dans le monde. Certes, nous sommes religieusement majoritaires, mais que faire de l'autre que nous, dont les « ciels » seraient selon nous encombrés de ce que nous appellerions encore « des idoles ». Je veux dire par là, si jamais nous réussissions à dialoguer entre nous, et que ce soit une grande réussite, un message d'espoir pour le monde entier, nous qui sommes des autres les uns pour les autres, ne pourrait-on pas, dans un même élan, utiliser cette énergie dialogique pour finalement dialoguer aussi avec l'autre que nous deux ? Certes ce finalement là est très utopique. Mais n'est-il pas aussi de notre devoir ?

Mais entre nous, après une réelle appropriation de nos propres sources, il ne resterait donc comme obstacles, que nos idéaux de jeunesse, nos sources d'exaltations historiques ; mais on pourrait tout simplement accepter de grandir, et il ne resterait alors que la conception politique ou non de la religion, ce qui pour moi est le plus gros problème et la véritable différence dont je ne vois pas l'issue.

Je voulais donc dire que, globalement, notre difficulté de dialogue n'a pas sa source dans la religion. Elle est historique et psychologique. 

 

Et voici ma conclusion.

Pour l'instant, sauf dans notre amitié islamo chrétienne, nous n'avons pas envie de convoquer ce logos entre nous, cette Parole, cette parole de Dieu, pour nous sortir de l'inquiétude. 

Si nous étions collectivement intelligents, nous dialoguerions davantage, car en général, par le spectacle de notre confrontation, voire de notre mépris réciproque, nous offrons au monde la possibilité de ne pas croire.

Mais pour conclure, selon moi, la véritable finalité du dialogue est profondément religieuse. 

Je suis face à l'autre, qui est autre, qui pense autre, qui mange autre, qui prie autrement, qui pense autrement, qui n'a pas les mêmes textes que moi, qui n'est pas de la même génération historique que la mienne et qui, en plus, parle en plus de notre langue commune une autre langue que la mienne, qu'il considère comme sacrée. 

C'est cette altérité qui me convoque au dialogue. Comme un exercice pratique de mon dialogue avec Dieu qui, Lui aussi, est autre, tout autre, puisque je suis une créature et qu'il est le créateur. S'il y a une filiation entre Lui et moi, entre Lui et nous, il n'y a entre nous aucune commune mesure, et la distance entre Lui et moi est infinie. Et si je comprends réellement ma possibilité de dialoguer avec Dieu, je m'avancerai beaucoup plus aisément dans le dialogue avec mon autre que moi, puisqu'ainsi, en réalité, que je sois musulman ou chrétien, je pratiquerai ma foi dans ce qu'elle a de plus intime.

Intervention de Tariq Abou Nour 

 

Tout d’abord le Coran appel à l’échange et l’entre connaissance pour lever les amalgames et favoriser le bien vivre ensemble dans nos sociétés plurielles : « O Humains ! Nous vous avons créés à partir d'un mâle et d'une femelle et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez entre vous. Le plus noble d'entre vous pour Dieu est le plus pieux. Dieu est parfaitement sachant et bien informé. » Coran : Verset 13 Sourate 49.  

La religion relie avec le transcendant et vous relie à votre prochain dans l’amabilité et le respect mutuel. On s’enrichit de l’autre car nos différences sont d’une part une richesse qui nous amène à nous entraider dans le bien et un décret inéluctable de Dieu.
La créature est à la fois la porte et le voile.
Une religion n’est pas une idéologie, c’est un facteur de paix intérieur et extérieur et un épanouissement personnel ...

Le prophète de l’islam a été l’initiateur du dialogue interreligieux , le Coran l’incite à cela en ces termes:
« et ne discutez avec les gens du Livre que de la manière la plus douce »(Sourate 29, verset 46) 

Il ne s’agit ni de syncrétisme ni de confusion mais d’un véritable échange pour une meilleure compréhension et une invitation à une parole commune, à des valeurs partagées avec comme conditions le respect mutuel et l’écoute attentive des uns aux autres.
Il ne s’agit ni de prosélytisme ni de propagande car, on l’a dit, la religion n’est ni une idéologie ni une secte. La foi est l’affaire intime du COEUR : nulle contrainte dans la religion.
Et dans un autre verset : tu n’es qu' un rappel et pas un dominateur.

La première chose que le Prophète Mohammad (que la paix soit sur lui) fit après s'être établi à Médine, où il avait été invité comme chef, fut de conclure un traité entre les Musulmans et les gens du Livre (les Juifs et les Chrétiens). D'après ce traité, les Musulmans garantissaient à ceux-ci la liberté de croyance et leur accordaient les mêmes droits et obligations que ceux dont ils jouissaient eux-mêmes. 
La « Constitution de Médine » ou « la Charte de Médine » est la constitution du premier Etat islamique dans la ville de Médine qui a mis fin, entre autre, à près de 100 ans d’affrontements interethniques entre les deux tribus de Aws et les Khazraj au sein de Médine. Les historiens conviennent en outre sur le fait que cette Constitution a établi principalement ce qui suit à Médine par le Prophète de l’islam:
• la paix et la sécurité des communautés,
• la liberté religieuse pour toutes les communautés,
• l’acceptation de Médine comme un lieu sacré (interdiction de toute violence et ports d’armes pour le combat...) ,
• sécurité des femmes, 
• Les juifs ne font qu’une communauté avec les croyants,
• Les juifs peuvent continuer de professer leur religion et la liberté de pratiquer leur religion est garantie.
.......
Le texte connu sous le nom de constitution de Médine, appelée également charte de Médine est tiré du livre d'Ibn Ishaq, dans lequel il figure sous le titre : « Le pacte entre les Émigrés et les Ansars et la réconciliation avec les juifs ».


Quand une délégation de Chrétiens vint à Médine en provenance de Najran, une ville du sud-ouest d'Arabie, le Prophète les reçut dans sa mosquée et les invita à dire leurs prières à l'intérieur de la mosquée. Les Musulmans disaient leurs prières d'un côté de la mosquée et les Chrétiens de l'autre. Au cours cette visite, le Prophète discuta aimablement avec eux sur de nombreux sujets. [Référence : La Sira d'Ibn Ishâq et voir Nûr Al yaqîn fî sîrati sayyidi almursalîn du Sheikh Muhammad Al khadrî, Ed.Dar al-jîl Beyrût et Dar ammâr, Oman, 1995, p. 309] 

Ceci prouve la considération du prophète pour les gens du Livre et le souci d'établir une solidarité humaine. 

Au sujet du Négus , le Coran nous dit: 
« Oui il y a parmi les gens du livre qui certes croient en Dieu et en ce qu'on a fait descendre vers vous et en ce qu'on a fait descendre vers eux, humbles qu'ils sont devant Dieu, et ne vendant pas point les signes de Dieu à vil prix. Voilà ceux dont le salaire est auprès de leur Seigneur. » [Coran : Sourate 3 verset 199]. 
Le Prophète lui-même a accompli la prière de la mort en son hommage (prière sur l'absent). 

Il faut également mentionner l'échange entre ce roi issu du christianisme (qualifié de juste par le Prophète de l’islam) et les compagnons du Prophète lors de leur première émigration en Éthiopie.

On peut citer aussi l'échange avec les Coptes (chrétiens) d'Egypte et leur roi... 

Enfin les compagnons ont suivi la trace du Prophète dans leur comportement exemplaire avec les peuples du Livre et dans le dialogue interreligieux aimable et respectueux. Voici le deuxième Calife Omar à Jérusalem qui instaure ce qu'on appelle l’assurance omarienne ; on peut méditer un extrait: 
« Du serviteur de Dieu et commandeur des croyants, Omar. 
Les habitants de Jérusalem sont assurés de la sécurité de leur vie et de leurs biens. Leurs églises et croix seront préservées. Leurs lieux de culte resteront intacts. Ils ne pourront être confisqués ou détruits. Ce traité s'applique à tous les habitants de la cité. Les gens seront tout à fait libres de suivre leur religion, ils ne devront subir aucune gêne ou trouble... » 
[Le patriarche orthodoxe de Jérusalem publia le 01 janvier 1953 une copie de l’original du manuscrit de la librairie d’Al-fanar (dans un des districts administrés par Istanbul) de ce qui serait « L’assurance de Omar » (Bibliothèque du Patriarcat de Jérusalem, Document n° 552).]

 

 

Publié dans seric, SERIC 2018

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