GAIC-NEWS n°16 - Article "Jérusalem-Est et ses lieux saints, facteur de cohésion nationale - Quelle solidarité ?"

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GAIC-NEWS n°16 - Article "Jérusalem-Est et ses lieux saints, facteur de cohésion nationale -  Quelle solidarité ?"

Jérusalem-Est et ses lieux saints, facteur de cohésion nationale -
Quelle solidarité ?

La Rencontre, qui s’est tenue le 4 juillet à La Mosquée de Massy en partenariat entre L’Atelier Israël Palestine du GAIC, le Conseil des Musulmans de Massy et le groupe Saint-Merry Hors les Murs, traitait un sujet particulièrement sensible. Plus de 60 personnes y ont participé et se sont montrées très intéressées. C’est pourquoi, considérant qu’il valait la peine de toucher un public plus large encore, ses organisateurs ont pris la peine de résumer les propos des intervenants et, parfois même, de les transcrire intégralement.

Cet événement s’est inscrit dans le contexte  des événements dramatiques vécus par l’ensemble du peuple palestinien, suite aux attaques de colons et de l’armée israélienne dans l’espace de la Mosquée d’Al Aqsa,   aux expulsions prévues de familles dans la vieille ville, notamment à Cheikh Jarrah, et des suites en Cisjordanie, à Gaza ainsi qu’en Israël même.

La rencontre s’est déroulée autour de trois tables rondes, suivies chacune d’un débat.

  1. Jérusalem-Est et ses lieux saints, facteur de cohésion nationale
  2. Les événements à Gaza : les pertes humaines, les destructions et la résistance de la population,
  3. La solidarité humanitaire.

 

1e Table ronde : Jérusalem-Est et ses lieux saints, facteur de cohésion nationale

Résumé de Myriam Bouregba, modératrice du débat.

  • Visionnage de la remarquable vidéo « La bataille de Jérusalem » du jeune et talentueux groupe « Gaza stories  »  (lien 1 : https://youtu.be/ZX89JmCtUiQ?t=416). On y découvre les violences policières qui se sont déroulées en mai dernier dans le quartier de Sheikh Jarrah à l’occasion de la décision d’expulsion de leur maison de 27 familles palestiniennes et celles qui se sont déroulées sur l’esplanade des mosquées. Mouna Al Kurd, dont la famille est expulsable, mène une très enrichissante enquête. Elle tend en particulier le micro à Jacob Fauci, un israélo- américain. logé dans une partie de la maison enlevée à sa famille par Nahala Shimon International pour que, comme le dit Jacob Fauci, « ce quartier ne soit pas perdu lors des accords futurs ».
  • A la suite de cette présentation, Jean-Pierre Bacqué, référent chrétien de notre atelier, a exprimé son émotion :  il avait rencontré chez eux, la mère et le frère de Mouna le 11 octobre 2012, peu de temps après la prise de possession  par un groupe de jeunes israéliens armés, de l’annexe de leur maison, occupée aujourd'hui par Jacob Fauci.

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  • Gabriel Hagaï, rabbin orthodoxe, Franco Israélien, tout en rappelant que Jérusalem est le cœur de la géographie spirituelle du judaïsme, a dit qu’il y avait de la place pour tout le monde en Terre Sainte et à Jérusalem. Très opposé à l’expulsion des familles palestiniennes de la vieille ville, il souligne que de nombreux israéliens juifs le sont aussi et certains activement à leurs côtés. Les colons extrémistes sont qualifiés par lui de « nos daeshistes ». Il a montré aussi le rôle trouble du Premier ministre de l’époque, qui était prêt à une guerre mondiale pour conserver le pouvoir à tout prix ; mais des forces politiques, pourtant opposées entre elles, se sont associées pour l’écarter. La politique, a-t-il dit,  nous a apporté les problèmes, c’est aux populations de s’unir pour montrer que vivre ensemble est possible et en fait réel dans bien des endroits. Il a souligné que lui-même pouvait aller partout, même à Jénine, qui lui avait été pourtant déconseillé parce que soi-disant peuplé de Palestiniens radicaux.
  • Dans le cours du débat, Myriam Bouregba a souligné le danger d’une nouvelle guerre de religion, ce qu’il y a de pire, sous la houlette des colons  qui s’appuient sur une interprétation extrême, décontextualisée et raciste des textes. Il ressort du débat exprimé par plusieurs participant.e.s, la possibilité et l’espérance d’une vie sur le même territoire juste et paisible.

* La Mission de Palestine en France devait être présente et dans ce cadre s’exprimer par la voix de M. Nassr Jadallah, ambassadeur adjoint, qui a été empêché. Il nous a laissé une intervention écrite pour pallier son absence


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2ème Table ronde : Les événements à Gaza : les pertes humaines, les destructions et la résistance de la population

Modérateur : Laurent Baudoin

Intervenants : Sarah Katz (proche de l’Union Juive Française pour la Paix), Ziad Medoukh (Gaza)

  • Laurent rappelle que l’offensive de mai 2021 contre Gaza est un volet de la politique israélienne de harcèlement des Palestiniens, qu’elle a commencé par les provocations des colons et des soldats contre la population à Jérusalem-Est. Il s’agit bien d’un conflit colonial, où le colonisateur abuse de son avantage écrasant sur le colonisé, qui n’a pas la possibilité de se défendre ni de se protéger.
  • Intervention de Sarah Katz

Sarah Katz a participé en 2018 à la Flottille de la paix vers Gaza, qui lui a valu la prison en Israël sans possibilité de saisir la justice. Aujourd’hui elle participe à la solidarité avec Gaza au profit notamment des agriculteurs

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Elle rappelle trois points essentiels :

1) Il n’y a pas de cause spécifiquement gazaouie à la situation. Gaza, une cage où sont enfermés deux millions de gens, souffre comme toute la Palestine de la politique coloniale israélienne. Le sionisme est un projet colonial. Son fondateur juif, Théodor Herzl, a voulu créer en Palestine une colonie européenne, « centre de civilisation contre la barbarie ».

 

2) Le blocus de Gaza depuis 2007 n’a rien à voir avec les élections palestiniennes de 2006 – gagnées démocratiquement par le Hamas. C’est la poursuite de la politique d’Israël de découpage de la Palestine en petits morceaux faciles à digérer. La barrière qui enferme Gaza n’a pas été faite pour protéger Israël du terrorisme, elle date de 1993, après les accords d’Oslo.

 

3) Gaza est une société normale placée en situation anormale, avec, comme ailleurs, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des riches et des pauvres, des manuels et des intellectuels. Ce n’est pas une horde de terroristes ou de révolutionnaires, mais des gens ordinaires qui veulent vivre, travailler, élever leurs enfants... Gaza est un camp de concentration – les 2/3 des Gazaouis sont des expulsés de divers lieux en Palestine, concentrés à Gaza dont ils ne peuvent sortir – mais où le lien social et familial existe encore, où les gens s’efforcent de produire et de vivre.

La nouveauté de l’agression de 2021, c’est la destruction complète de plusieurs quartiers, afin de briser ce lien social en plongeant la société dans la misère et le désespoir. « On touche là le fond de l’inhumanité. »

Israël n’a pas visé que les bâtiments du Hamas, il a pilonné partout. A propos de la réplique par des roquettes, Sarah cite Nelson Mandela : ce n’est pas l’opprimé qui choisit sa forme de résistance, c’est l’oppresseur qui la lui impose par sa répression. « Disons-le avec force : il n’y a pas de terrorisme à Gaza, il y a une résistance. »

 

Concernant notre solidarité, si l’aide humanitaire est indispensable, elle n’est pas suffisante. Il faut d’abord combattre la politique de la France et de l’Europe, qui soutiennent Israël politiquement et matériellement, afin qu’ils appliquent leurs propres règles et valeurs.

Le « conflit » n’est pas religieux. Sarah évoque le respect dont elle a toujours fait l’objet, en tant que juive, durant ses séjours à Gaza. Pour atténuer la peur des juifs – notamment chez les jeunes gazaouis qui ne voient que les soldats israéliens – il faut tous s’y mettre, et pas seulement les juifs français.

 

Il faut aussi aider les gens au quotidien. Cela marche bien quand on répond à leurs demandes précises. Ainsi l’implication de l’UJFP dans le château d’eau de Khuza’a, car la culture de la terre est essentielle pour desserrer le blocus et viser l’autonomie. Le drapeau de l’UJFP, en haut du bâtiment, signe le bon accueil des Gazaouis aux juifs de progrès, et contribue à faire sauter le chantage à l’antisémitisme. Autre belle réalisation soutenue par l’UJFP, la pépinière solidaire, qui veut soustraire les paysans au diktat israélien et à celui des grands semenciers.

Après l’offensive de mai, l’UJFP a ouvert une collecte et apporté un soutien moral. Premier besoin exprimé : l’aide psychologique pour les enfants, surtout dans les quartiers pauvres. De jeunes psychologues diplômés ont listé les enfants en détresse et des salles ont été ouvertes à des professionnels pour s’en occuper. La force de Gaza : le grand nombre de gens qualifiés prêts à servir bénévolement leur société, comme ces médecins généralistes, ophtalmologistes, etc.

 

A voir sur le site de l’UJFP : Journal de la solidarité, série Gaza Stories) ; sur Youtube : chaîne francophone Gaza La Vie du Centre des diplômés de Ziad Medoukh.

 

  • Intervention de Ziad Medoukh en visio-conférence

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Merci à tous les solidaires dans le monde pour leur mobilisation. La cause palestinienne n’est pas une cause à part, c’est une cause de justice qui concerne toute l’humanité.

Les besoins sont énormes, mais le plus important n’est pas la solution économique ni la charité, c’est la solution politique. Beaucoup de problèmes de fond ont été occultés par les médias : Gaza réclame la fin du blocus inhumain, de l’occupation, de la colonisation, du régime d’apartheid, l’ouverture des passages et surtout la création d’un Etat palestinien libre et indépendant.

Les Israéliens ont surtout visé les infrastructures, pour démoraliser la population et l’inciter à partir.

Rien n’a changé à Gaza après cette 4e offensive israélienne en 12 ans : la reconstruction n’a pas commencé, car Israël refuse de laisser entrer les matériaux nécessaires, les bombardements se poursuivent malgré le changement de gouvernement israélien. Les Gazaouis s’accrochent à la vie et refusent de partir. Ils ne demandent que l’application du droit international.

Conclusion : plusieurs personnes du public ont dit avoir appris beaucoup de choses qu’on ne leur avait jamais dites.

 

3ème Table ronde : La solidarité humanitaire

Le poids de ce conflit fait vivre aux populations Palestiniennes des situations de crise sur tous les plans : humain, social, sanitaire, culturel, économique, financier, politique, religieux etc..

Nous nous sommes alors adressés à 2 organisations (CCFD-Terre solidaire et Secours Islamique France) de terrain que nous connaissons bien au GAIC et qui œuvrent, au quotidien et chacune de son côté, afin de porter secours aux populations en Israël-Palestine, pour nous rendre compte de leurs engagements.

Leurs interventions ont fait l’objet d’un article sur le site du GAIC :

https://www.gaic-seric.info/2021/07/israel-palestine-informations-complementaires-suite-a-la-rencontre-a-massy.html

Le choix de ces deux acteurs dans le domaine humanitaire a aussi été motivé par la complémentarité de leurs engagements, spécifiquement dans le contexte Israël-Palestine.

En effet le CCFD-Terre Solidaire soutient des projets culturels portés par des associations locales visant, en Israël, en Palestine et à Gaza, à  autonomiser des enfants et des jeunes,  à participer à l’intégration des femmes et des jeunes dans la société palestinienne, à mettre fin  à l’occupation en contribuant à la construction d’une société égalitaire pour toutes et tous. Il dénonce par ailleurs publiquement la situation faite aux Palestiniens lorsque les circonstances l'imposent comme en mai dernier.

Le SIF, de son côté, inscrit ses actions en réponse aux situations d’urgence et de crise humanitaires en y apportant des aides directes et indirectes répondant aux besoins essentiels de la vie quotidienne (nutritionnels, sanitaire, eau, habitations, enfance, scolaire, etc…).

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