GAIC-NEWS n°16 - Article "Rencontre des jeunes musulmans et chrétiens à Taizé (15-18 juillet) Témoignage de Chemouini Chemseddine, imam de la mosquée de Massy

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GAIC-NEWS n°16 - Article "Rencontre des jeunes musulmans et chrétiens à Taizé (15-18 juillet) Témoignage de Chemouini Chemseddine, imam de la mosquée de Massy

Le car affrété par le GAIC a permis à 22 jeunes de la mosquée de Massy (Essonne) de se rendre à Taizé pour la 4ème rencontre d’amitié entre jeunes chrétiens et musulmans organisé par la Communauté œcuménique des frères. Trois autres personnes de la mosquée étaient venues au titre de l’encadrement : deux mamans et l’imam de la mosquée, Chemouini Chemseddine. GAIC News a demandé à ce dernier de nous confier ses impressions.

D'origine Comorienne, trilingue (français, arabe, anglais), l’imam Chemouini est Réunionnais. Ses études l’ont mené des Comores à l’Afrique du Sud en passant par la Réunion et, avant d’arriver à Massy, fin mars 2020, il a été imam en Afrique du Sud et à la Réunion. A Taizé, la provenance internationale des jeunes ne l’a donc aucunement dépaysé ! Mais laissons-lui plutôt la parole.

À mon arrivée à Taizé, j’étais loin d’imaginer que les quelques jours passés dans cet havre de paix allaient imprégner ma conscience et influencer mes jugements ainsi que mes opinions. Il est vrai que j’ai, à maintes fois, côtoyé des personnes d’autres religions dans le cadre du dialogue interreligieux et que, bien sûr, l’attitude à exhiber a toujours été la tolérance et le respect, mais, dans la communauté qui nous a merveilleusement accueillis, on était plutôt confronté à une atmosphère pleine d'altruisme et une ambiance d’abnégation et de dévouement.

De voir tant de jeunes, de différentes nationalités, de classes sociales diverses, de différentes vocations, s’unir dans ce sanctuaire conventuel, a fait dégager en moi un très grand sentiment d’humilité, car étant Imam ou guide spirituel, on a tendance à croire qu’on est infaillible, voire même se considérer le parangon de la spiritualité. En échangeant avec ces jeunes, je me suis rendu compte qu’il était fort possible de mener une vie d’abstinence qu’importe l’âge qu’on possédait et qu’il suffirait uniquement d’avoir de la rigueur et une grande volonté. Cette effervescence juvénile conjuguée avec une teinte de religiosité me fait rappeler une déclaration prophétique précisant en ces termes: “ Le jeune qui s’adonne au culte de Dieu, se verra immergé dans la clémence divine.” (Boukhari)

Durant les conversations des multiples groupes de discussion dans lesquels j’ai eu le privilège d’assister, il n’était pas rare d’entendre ces jeunes prendre plaisir à dire qu’ils venaient à Taizé pour se ressourcer et qu’ils y restaient pour une période d’une ou deux années afin d’être au service de Dieu et de la communauté. Par ailleurs, ceci m’a permis de prendre conscience du volume de travail accompli par les Frères à sensibiliser les jeunes à s’attacher au culte.

Que fut ma surprise quand j’ai participé aux prières collectives chrétiennes? Des prières remplies d’amour et monopolisant l’âme à être en communion avec l’être aimé, Dieu. Pas un bruit résonne ici ou là; tous à l’écoute des prières chantées aux rythmes des mélodies. Ces incantations, qui donnaient l’impression que tout est synchronisé, valsaient tout coeur épris par le besoin d’invoquer Dieu. Et plus surprenant... le fait de voir que le public était majoritairement jeune guidé par des Frères qui étaient au service de Dieu. Car si Taizé est aujourd’hui ce qu’elle est, c’est grâce à ces hommes, ces Frères qui n’ont vie que de servir Dieu et cela avec passion et détermination. J’ai demandé à un Frère ce qui l’a poussé à vivre dans la communauté. J’étais ébahi de savoir que cet homme de Dieu, ce frère, avait fait des études de médecine et qu’au moment où il est venu joindre la confrérie, il a immédiatement compris que c’était cela sa vocation, d’être au service de Dieu.

Un fait remarquable, durant notre séjour, est l’accueil que nos jeunes musulmans/musulmanes ont reçu des Frères, en particulier Jean-Jacques, et surtout des participants et participantes qui, sans stigmatisation, ont permis aux jeunes qu’on a accompagnés de vivre une expérience inexplicable voire même incommensurable. Beaucoup de nos jeunes n’avaient jamais discuté de religion avec leurs semblables et voilà qu'une opportunité insolite se présenta à eux pour pouvoir partager les vrais préceptes de leur foi et aussi comprendre la proximité de nos religions et crédos. Croyez-moi, nos jeunes étaient émerveillés par les discussions matures, même s’il fallait, pour quelques-uns, employer péniblement le langage de Shakespeare.

Il est à noter que les Frères de Taizé ont réussi à faire prendre conscience, pendant ce colloque et ceci à travers des assises, que servir Dieu est, certes, une vocation mais elle s’appuie sur le fait d’alléger les souffrances des plus démunis et de protéger l’environnement. “L’entraide et la protection de notre planète sont des devoirs pour toute personne dévouée à Dieu” fut le message dégagé, et soigneusement enrichi par des intervenants chrétiens et musulmans.

Je me rappelle une fois, il y a quelques années de cela, alors que je faisais le tour de l’île de la Réunion en famille, d’avoir observé une grande croix sillonnant la ville qu’on visitait, et tout à côté, tout était érigé le minaret d’une mosquée... ce fut un spectacle magnifique dégageant l’impression d’une ville où deux religions se sont mariées dans le langage de la tolérance et du respect. De même à Taizé, bien que la retraite soit chrétienne, les Frères m’ont permis de vivre ce mariage de tolérance et de respect une nouvelle fois, lorsqu’ils ont mis à notre disposition une salle où nous les musulmans pouvions prier sans obstruction et sans scrupule. Ce qui m’a émerveillé était l’engouement de certains jeunes chrétiens/chrétiennes et la curiosité pour d’autres d’observer le rite musulman en matière de prière et d’invocation, exercice auquel je pris joie à expliquer. L’engouement était si énorme qu’avant même l'appel à la prière du matin, des jeunes chrétiens/chrétiennes nous attendaient déjà devant la porte pour participer au rite.

Si vous me demandez de faire à Taizé une visite annuelle? Je n’hésiterai pas un seul instant à dire oui, car de ce voyage j’ai compris la grande proximité qui existe entre les chrétiens et les musulmans et que cette proximité était une richesse à valoriser et à partager.

Pour en savoir plus sur le déroulement de cette rencontre et voir des photos : Clic pour les voir

 

Publié dans GAIC News, Massy, taizé

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