Cérémonie interreligieuse et action contre le projet EACOP de Total Energies en Ouganda et Tanzanie (Afrique de l'Est)

Publié le par webmestre

CORINNE SIMON / HANS LUCAS

CORINNE SIMON / HANS LUCAS

Six personnalités, deux bouddhistes (dont Olivier Reigen Wang-Genh, deux chrétiennes (Mgr Marc Stenger, évêque émerite de TROYES et la pasteure Caroline Ingrand-Hoffet), une juive et une musulmane (Anouar Kbibech), ont participé à une cérémonie interconfessionnelle, mardi 29 novembre à Paris, pour protester contre le projet d’oléoduc EACOP de Total en Ouganda et en Tanzanie (Afrique de l'Est).
Elles ont été accompagnées par une trentaine de jeunes.

Qu'est-ce que l'EACOP  ?

Eacop signifie East Africa Crude Oil Pipeline et désigne la construction d’un oléoduc pour transporter du pétrole brut sur 1 443 kilomètres. S’il voit le jour, ce plus grand pipeline chauffé au monde reliera la région du Lac Albert en Ouganda au port Tanga en Tanzanie. Ce chantier titanesque est associé à un autre projet d’envergure : Tilenga, qui vise à créer six champs pétrolifères. La holding à la tête du projet est détenue à 62% par TotalEnergies, 15% par chacune des compagnies pétrolières publiques ougandaises et tanzaniennes et à 8% par le chinois Cnooc. La major française a accéléré son lancement en février 2022 en signant un accord d'investissement de 10 milliards de dollars mais des financements manquent encore à l’appel. Ces projets ont un temps suscité l'espoir des autorités ougandaises et tanzaniennes de voir leur pays se transformer en eldorado pétrolier avec une zone qui contiendrait l’équivalent de 6,5 milliards de barils de pétrole brut dont 2,2 récupérables. Mais ces chantiers sont aujourd'hui l'objet des plus vives inquiétudes.

L'avenir de l'Afrique de l'Est repose sur la mise en place d'économies durables, diversifiées et inclusives - et non sur le fait de laisser d'énormes multinationales extraire les ressources et garder les bénéfices.

Le monde entier se rend compte qu'il faut arrêter de brûler des combustibles fossiles et que, par conséquent, le prix du pétrole va continuer à s'effondrer. Plutôt que de parier son développement sur une industrie moribonde, nous devons reconnaître que la force économique de l'Afrique de l'Est provient de la biodiversité, du patrimoine et des paysages naturels de la région.

Investir dans les énergies renouvelables, le tourisme, l'agriculture à petite échelle, la pêche et les programmes de reforestation permettra de créer beaucoup plus d'emplois pour les communautés locales, d'élargir l'éventail des avantages économiques pour l'Afrique de l'Est et d'assainir l'environnement, ce qui profitera au monde entier.

 

> Article ci-joint :

Extrait de l'article du journal La VIe :

C’est donc pour pointer du doigt des menaces à la fois humaines et écologiques que des personnalités de confessions bouddhiste, catholique, juive, musulmane et protestante se sont unies dans cette action illégale et non violente. Une première en France.

...

Car le souhait des deux ONG organisatrices, aux côtés des personnalités religieuses, est de mobiliser davantage le public, notamment celui des croyants. Soraya Fettih, de l’ONG environnementale non religieuse 350.org également présente, souligne l’importance de « rallier tous ceux qui souhaitent défendre le vivant, jusqu’à arriver à la masse critique pour faire basculer les projets de Total ». Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France et ancien président du Conseil français du culte musulman, abonde : « Les religions sont la plus grande ONG du monde, nous avons le droit et le devoir d’activer ce levier pour relayer le message de protection de la nature. »

Cette action du « lobby de croyants » selon les termes de Marc Stenger, évêque émérite et ancien évêque de Troyes, s’est coconstruite avec les personnalités religieuses et les deux ONG. Sa forme se veut avant tout non violente et symbolique. Le maître bouddhiste Olivier Reigen Wang-Genh, coprésident de l’Union bouddhiste de France, la qualifie d’ailleurs d'« indignation saine plutôt que de désobéissance civile ».

Car le registre de la radicalité caractéristique d’Extinction Rebellion invite les personnalités religieuses à la prudence. « Je ne suis plus dans le système, je viens en temps qu’homme de foi qui rejoint d’autres hommes de foi », reconnaît Mgr Stenger. La plupart d’entre elles participent à titre personnel et ne représentent pas leurs institutions qui ont leur propre façon d’aborder les problématiques environnementales.

Une fois les prises de paroles terminées, l’action se conclut par un temps de silence délimité par les gongs d’un bol tibétain. Alors que les pancartes sont chargées et la plupart des militants déjà partis, une voiture de police s’arrête. Voyant le trottoir dégagé, il s’attarde à peine. Sans heurt et sans trace, l’action se termine en toute discrétion. Si cette première avait posé les bases d’un front interreligieux de la lutte écologiste en France, alors ce serait un coup d’éclat.

Weilian Zhu